J’ai toujours rêvé de parcourir la mythique Route 66, cette légende américaine qui traverse le cœur des États-Unis sur près de 4000 kilomètres. Lorsque j’ai finalement entrepris ce voyage de Chicago à Los Angeles, j’ai découvert bien plus qu’une simple route – j’ai vécu une véritable immersion dans l’âme américaine. Surnommée la « Mother Road » ou la « Main Street of America », cette ancienne autoroute déclassée en 1985 continue d’attirer des voyageurs du monde entier. Venez avec moi étudier les secrets, l’histoire et les merveilles de ce parcours iconique qui traverse huit États et trois fuseaux horaires, offrant un aperçu incomparable de la diversité américaine.
Histoire et origine de la « Mother Road » : des années 1920 à aujourd’hui
Quand je remonte aux origines de la Route 66, je découvre que tout a commencé avec l’expédition d’Edward Fitzgerald Beale en 1857, qui a tracé un premier chemin entre l’Est et l’Ouest américain. Mais c’est le 11 novembre 1926 que la route fut officiellement créée, sous l’impulsion de deux visionnaires : Cyrus Avery et John Woodruff. Avery, souvent appelé le « Père de la Route 66 », souhaitait initialement lui attribuer le numéro 60, mais après une controverse avec d’autres États, il accepta finalement le numéro 66.
En parcourant cette highway légendaire, j’ai ressenti le poids de son histoire. Complètement revêtue en 1938 grâce aux programmes du New Deal de Roosevelt, elle a connu son âge d’or après la Seconde Guerre mondiale, devenant l’artère principale du tourisme américain. Les stations-service, motels et diners qui bordaient la route témoignent encore de cette époque faste.
Le déclin commence dès 1956, lorsque le président Eisenhower signe l’Interstate Highway Act. Ce programme ambitieux de construction d’autoroutes modernes condamne progressivement la Route 66, officiellement déclassée le 26 juin 1985, remplacée par les Interstates I-55, I-44 et I-40. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Dès 1987, des passionnés comme Angel Delgadillo fondent l’Historic Route 66 Association of Arizona pour préserver ce patrimoine unique. En 1990, le Congrès adopte le Route 66 Study Act, reconnaissant enfin son importance historique et culturelle. La Mother Road avait joué un rôle crucial pendant la Grande Dépression des années 1930, quand des milliers d’Américains l’ont empruntée pour fuir la misère du Dust Bowl et chercher une vie meilleure en Californie – une épopée immortalisée par John Steinbeck dans « Les Raisins de la colère ».
Les 3940 kilomètres de la Route 66 : longueur et tracé à travers l’Amérique
La distance exacte de la Route 66 a toujours fait débat. À sa création, elle s’étendait sur 3940 km (2448 miles), mais cette longueur a constamment évolué au fil des modifications de son tracé. En cherchant ce ruban d’asphalte légendaire, j’ai découvert comment la route s’est transformée entre 1926 et 1985.
En 1930, une première modification majeure intervient entre Springfield et Staunton en Illinois. Puis en 1933, on supprime le détour par Calumet et Geary dans l’Oklahoma. L’année 1937 marque un changement significatif avec la création du Santa Fe Cut-off, qui évite Santa Fe et Los Lunas, réduisant la longueur totale à 2278 miles.
Le réalignement de 1953 dans l’Ouest de l’Arizona m’a particulièrement marqué. En contournant Oatman et les dangereuses Black Mountains, la route devient plus sûre mais perd un peu de son caractère aventureux. Dans les années 1960, la longueur totale n’était plus que de 2238 miles.
Aujourd’hui, alors que je parcours ces paysages variés, je suis impressionné de constater qu’environ 85% des alignements originaux sont encore carrossables. Traversant trois fuseaux horaires – Central Time, Mountain Time et Pacific Time – la Route 66 offre une expérience unique de l’immensité américaine.
La limitation de vitesse de 90 km/h sur la plupart des tronçons m’a permis d’apprécier pleinement chaque kilomètre, chaque virage, chaque montée et descente de cette route mythique. Chaque portion de la Mother Road raconte une histoire différente, témoignant des évolutions techniques, économiques et sociales qui ont façonné l’Amérique du 20ème siècle.
Les huit États traversés : un voyage à travers la diversité américaine
Des grandes plaines aux déserts : une traversée emblématique
Mon périple sur la Route 66 m’a fait traverser huit États, chacun avec sa personnalité propre. J’ai commencé par l’Illinois (301 miles), où les grandes plaines agricoles du Midwest défilaient sous mes yeux. La transition vers le Missouri (313 miles) s’est faite en franchissant le majestueux Mississippi, un moment fort de mon voyage. Cet État aux collines verdoyantes et aux petites villes pittoresques contraste avec le bref passage par le Kansas, où la Route 66 ne parcourt que 13 miles, offrant néanmoins des sites remarquables.
L’Oklahoma (375 miles) m’a dévoilé ses vastes prairies et l’héritage de ses nations amérindiennes. En entrant au Texas (189 miles), j’ai été saisi par l’immensité du paysage et la chaleur du désert naissant. Le Nouveau-Mexique (507 miles) constitue la plus longue section de la Route 66, où les montagnes rocheuses et les mesas rougeoyantes créent un décor spectaculaire, témoignant de l’ouest américain dans toute sa splendeur.
| État | Distance (en miles) | Points d’intérêt majeurs |
|---|---|---|
| Illinois | 301 | Chicago, Gemini Giant, Route 66 Brick Road |
| Missouri | 313 | Gateway Arch, Devil’s Elbow Bridge |
| Kansas | 13 | Rainbow Bridge, Cars in the Route |
| Oklahoma | 375 | Blue Whale of Catoosa, Musée Route 66 |
| Texas | 189 | Cadillac Ranch, Midpoint of Route 66 |
| Nouveau-Mexique | 507 | Santa Fe, 66 Diner |
| Arizona | 401 | Grand Canyon, Meteor Crater, Seligman |
| Californie | 314 | Bagdad Cafe, Santa Monica Pier |
L’Arizona (401 miles) m’a offert certains des paysages les plus emblématiques, avec le Grand Canyon à proximité de la route et des villes comme Seligman, berceau du renouveau de la Route 66. Le désert de Mojave marque l’entrée en Californie (314 miles), dernier État traversé avant d’atteindre Los Angeles et le terminus occidental au Santa Monica Pier, où j’ai contemplé le Pacifique avec émotion, conscient d’avoir traversé l’Amérique d’Est en Ouest comme tant de voyageurs avant moi.
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Planifier son road trip sur la Route 66 : période idéale, durée et sens du voyage
Quand partir : les saisons sur la Route 66
Planifier un road trip sur la Route 66 exige une préparation minutieuse. J’ai découvert que la période idéale s’étend d’avril à octobre. Les mois de mai et septembre offrent un équilibre parfait entre températures clémentes et affluence touristique modérée. J’ai soigneusement évité l’hiver (décembre à mars), quand la neige et le froid peuvent rendre certaines portions dangereuses, particulièrement dans les États du Midwest comme l’Illinois et le Missouri.
L’été procure des journées longues et ensoleillées, idéales pour apprécier les paysages, mais les températures peuvent atteindre des sommets dans les déserts d’Arizona et de Californie. J’ai traversé ces régions en matinée pour éviter la chaleur écrasante de l’après-midi.
Combien de temps prévoir pour chaque portion
Pour vraiment savourer mon voyage sur la Mother Road, j’ai consacré trois semaines complètes à cette aventure. Les voyageurs pressés peuvent parcourir l’itinéraire en 15 jours, mais vous manquerez l’essence même de cette route mythique : la possibilité de flâner, de découvrir des lieux inattendus et de rencontrer les gardiens de cette mémoire routière.
J’ai choisi le sens traditionnel Est-Ouest, de Chicago vers Los Angeles, reproduisant ainsi le parcours historique des migrants durant la Grande Dépression. Cette direction permet aussi d’apprivoiser progressivement les grands espaces, des paysages plus urbains de l’Illinois aux étendues désertiques de l’Ouest américain.
Budget et préparatifs essentiels
Mon budget s’est élevé à environ 2500 euros pour couvrir le carburant, les repas, l’hébergement et les imprévus. J’ai opté pour un mélange de motels historiques sur la route et d’établissements plus modernes pour varier les expériences. La location d’une voiture américaine a ajouté une touche d’authenticité à mon périple sur cette autoroute légendaire.
Avant de partir, j’ai investi dans un guide spécialisé et téléchargé plusieurs applications dédiées à la Route 66. Ces ressources m’ont été précieuses pour naviguer entre les portions originales et les inévitables détours imposés par les interstates modernes qui ont remplacé certaines sections.
Les sites incontournables de Chicago à Los Angeles
Mon aventure sur la Route 66 a commencé à Chicago, point de départ oriental de cette highway mythique. J’ai pris la traditionnelle photo au panneau « Begin Historic Route 66 » sur Adams Street avant de m’élancer vers l’ouest. Dans l’Illinois, le Gemini Giant à Wilmington, cette statue colossale représentant un astronaute, m’a accueilli avec son charme rétro. La Route 66 Brick Road à Auburn, section originale en briques rouges, m’a permis de rouler littéralement sur l’histoire.
En traversant le Missouri, le majestueux Gateway Arch de St. Louis s’est dressé devant moi, symbolisant la porte vers l’Ouest américain. Le Devil’s Elbow Bridge, magnifique structure en acier enjambant la Big Piney River, offre un cadre photographique exceptionnel. Bien que bref, mon passage au Kansas m’a permis de découvrir le Rainbow Bridge à Riverton, dernier pont marsh arch sur la Route 66.
L’Oklahoma regorge d’attractions uniques comme la Blue Whale of Catoosa, cette baleine bleue surréaliste émergeant d’un étang. Au Texas, le Cadillac Ranch près d’Amarillo présente dix Cadillac partiellement enterrées, devenues une toile pour les graffeurs du monde entier. À Adrian, j’ai fait une pause au Midpoint of Route 66, marquant exactement la moitié du parcours entre Chicago et L.A.
Le Nouveau-Mexique m’a dévoilé Santa Fe, plus ancienne ville de l’Ouest américain fondée en 1610, tandis que le 66 Diner d’Albuquerque m’a transporté dans les années 50 avec son style « streamlined » caractéristique. En Arizona, le détour vers le Grand Canyon s’impose comme une évidence. J’ai également visité le Meteor Crater, impressionnante cicatrice laissée par un impact cosmique.
Seligman, véritable lieu de naissance du renouveau de la Route 66 historique, conserve intact l’esprit de la Mother Road grâce aux efforts d’Angel Delgadillo. En Californie, la traversée du désert de Mojave culmine avec la découverte du Bagdad Cafe à Newberry Springs, rendu célèbre par le film éponyme. Mon périple s’est achevé au Santa Monica Pier, où le panneau « End of the Trail » marque le terminus occidental de cette aventure transcontinentale.
La Route 66 dans la culture populaire : littérature, musique et cinéma
En parcourant la Route 66, j’ai ressenti la présence constante des œuvres qui l’ont immortalisée. John Steinbeck fut le premier à la consacrer dans la littérature avec « Les Raisins de la colère » (1939), où il la surnomme la « Mother Road », terme désormais indissociable de cette highway. Cette épopée des familles de l’Oklahoma fuyant le Dust Bowl vers la Californie a profondément ancré la Route 66 dans l’imaginaire collectif comme symbole d’espoir et de renaissance.
Jack Kerouac évoque également cette route mythique dans son roman « Sur la route » (1957), bible de la génération Beat et manifeste pour la liberté de mouvement. En roulant sur ces mêmes pavés, j’ai fredonné l’incontournable « (Get Your Kicks on) Route 66 » de Bobby Troup (1946), cette chanson devenue l’hymne officieux du parcours, reprise par d’innombrables artistes comme Nat King Cole et les Rolling Stones.
Le cinéma s’est également emparé de la Mother Road. Le road movie « Easy Rider » (1969) utilise certaines portions pour symboliser la quête de liberté de ses protagonistes motards traversant l’ouest américain. « Bagdad Café » (1987) immortalise l’établissement californien du même nom. Plus récemment, le film d’animation « Cars » (2006) de Pixar rend un vibrant hommage à la Route 66 avec sa ville fictive de Radiator Springs, inspirée des véritables villes routières délaissées après la construction des interstates.
- Œuvres littéraires : « Les Raisins de la colère » (Steinbeck, 1939), « Sur la route » (Kerouac, 1957), « Route 66: The Mother Road » (Michael Wallis, 1990)
- Chansons emblématiques : « (Get Your Kicks on) Route 66 » (Bobby Troup, 1946), « Take It Easy » (Eagles, 1972)
- Films et séries : « The Grapes of Wrath » (1940), série télévisée « Route 66 » (1960-1964), « Easy Rider » (1969), « Bagdad Café » (1987), « Cars » (2006)
- Photographie : Les œuvres d’Edward Weston et Dorothea Lange capturant l’exode des migrants durant la Grande Dépression
La série télévisée « Route 66 » (1960-1964) a également contribué à mythifier ce ruban d’asphalte, suivant deux jeunes hommes parcourant l’Amérique dans leur Corvette. Aujourd’hui encore, photographes et artistes visuels continuent de s’inspirer de ses motels au néon, stations-service abandonnées et paysages grandioses, perpétuant la fascination pour cette artère nationale devenue symbole universel de liberté.
Conseils pratiques pour suivre le tracé historique de la Route 66 aujourd’hui
Navigation et ressources pour suivre le tracé original
Suivre fidèlement le tracé historique de la Route 66 représente un défi passionnant. J’ai découvert que malgré son déclassement officiel en 1985, environ 85% des alignements originaux restent accessibles aujourd’hui. Pour naviguer efficacement sur cette autoroute mythique, j’ai combiné plusieurs ressources indispensables : un guide papier détaillé (EZ66 Guide de Jerry McClanahan), des applications mobiles spécialisées et les précieuses indications des panneaux bruns « Historic Route 66 » qui jalonnent le parcours.
Les associations locales de préservation constituent des mines d’informations. Dans chaque État traversé, j’ai pris contact avec ces gardiens de la mémoire routière qui m’ont fourni des cartes détaillées et des conseils personnalisés. Les musées dédiés à la Route 66, comme celui de Clinton dans l’Oklahoma, offrent non seulement un aperçu historique mais aussi des indications précises sur les tronçons environnants.
Sections particulièrement bien préservées à ne pas manquer
Certaines portions de la Mother Road ont miraculeusement survécu au temps et méritent une attention particulière. J’ai été ébloui par la Route 66 Brick Road en Illinois, ce tronçon pavé de briques rouges datant des années 1930. Dans le Missouri, le détour par le Devil’s Elbow offre une immersion dans les paysages préservés des Ozarks.
Au Nouveau-Mexique, la section entre Santa Fe et Albuquerque conserve l’esprit authentique de l’ancienne highway. En Arizona, le trajet entre Seligman et Kingman constitue probablement la portion la mieux préservée de toute la Route 66, avec ses petites villes historiques et ses paysages désertiques intacts. La montée sinueuse vers Oatman, avec ses virages en épingle à cheveux, représente un challenge exaltant pour tout voyageur.
Interactions avec les communautés locales et gardiens de la mémoire
L’âme véritable de la Route 66 réside dans ses habitants. J’ai pris le temps de m’arrêter dans les établissements historiques – diners, motels, stations-service – qui perpétuent l’héritage routier. Converser avec les propriétaires de ces commerces emblématiques offre une perspective irremplaçable sur l’évolution de la Mother Road et son impact sur les communautés locales.
À Seligman, j’ai eu l’honneur de rencontrer des membres de la famille Delgadillo, pionniers du mouvement de préservation. Dans chaque ville fantôme ou bourgade revitalisée, j’ai découvert des passionnés déterminés à maintenir vivante l’histoire de cette route nationale. Ces échanges constituent sans doute les souvenirs les plus précieux de mon road trip, au-delà même des paysages grandioses et des monuments historiques.
En définitive, parcourir la Route 66 aujourd’hui ne se résume pas à un simple voyage routier mais représente une véritable immersion dans l’histoire américaine, une célébration de sa culture automobile et une reconnexion avec un mode de voyage plus lent, plus attentif, où le chemin importe autant que la destination. Chaque kilomètre de cette légende routière raconte une histoire unique de l’Amérique et de ses rêves.
Photos à but illustratif et non représentatives


