Prostitution à Bruxelles : quelle rue abrite les vitrines ?

Rue pavée mouillée avec néons roses et façades historiques

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La rue d’Aerschot à Bruxelles concentre, sur quelques centaines de mètres longeant la gare du Nord, l’essentiel de la prostitution de vitrine de la capitale belge. Depuis la décriminalisation entrée en vigueur le 1er juin 2022, le cadre légal a évolué — sans convertir radicalement le quotidien de ces femmes. Cet article examine le fonctionnement concret de cette rue, le profil de celles qui y travaillent et les réseaux qui y opèrent.

La rue d’Aerschot, épicentre de la prostitution de vitrine à Bruxelles

Avant de s’appeler rue d’Aerschot, cette artère se nommait rue de Cologne, en référence à la ligne ferroviaire Bruxelles-Cologne. Elle a été rebaptisée en 1919 pour rendre hommage à la ville d’Aerschot, meurtrie par l’occupation allemande durant la Première Guerre mondiale — un détail historique que j’ai trouvé saisissant lors de mes déambulations dans ce quartier.

La rue débute place du Nord et se termine rue des Palais. Ses premiers mètres longent l’arrière de la gare du Nord sur la commune de Saint-Josse-ten-Noode, tandis que toutes les habitations relèvent de Schaerbeek. On y trouve surtout l’entrée arrière du CCN au numéro 1, et l’église Saints-Jean-et-Nicolas aux numéros 58-60.

La prostitution dans ce quartier précède même la construction de la première gare du Nord en 1841, sous forme de maisons closes dans des auberges et théâtres — tout comme il en existait autour de la Grand-Place au Moyen-Âge, ou près de la Bourse au XVe siècle. Dans les années 1960-1970, la fermeture des bars à champagne décidée par le conseil communal de Saint-Josse-ten-Noode a immédiatement favorisé l’essor de la prostitution de vitrine ici. Aujourd’hui, 58 bars recensés y fonctionnent, officiellement assimilés à des établissements HORECA soumis à la réglementation en vigueur.

  • Ancien nom : rue de Cologne, rebaptisée en 1919
  • Communes concernées — Schaerbeek (habitations) et Saint-Josse-ten-Noode (premiers mètres)
  • 58 bars recensés, statut HORECA officiel

Fonctionnement, tarifs et conditions de travail derrière les vitrines

Le système de location des vitrines

Chaque femme loue un emplacement avec présentoir et tabouret par pause de 6 heures. Certaines enchaînent deux pauses, soit 12 heures de présence, pour un coût oscillant entre 250 et 350 euros par jour. La vitrine se loue précisément 250 euros la demi-journée — de 8h à 20h ou de 20h à 8h. Des travaux de voirie ont élargi les trottoirs et installé de petits arbres, que les femmes jugent gênants pour leur visibilité depuis la vitrine.

L’intérieur des bars et les conditions réelles

Franchir la porte d’un bar, c’est pénétrer dans un espace organisé avec précision. À l’arrière se trouvent des espaces cloisonnés avec canapés-lits ou clic-clac, sans bidet ni douche, rarement avec eau chaude. Les prestations durent entre 10 et 30 minutes. Une Dame ou un Homme de compagnie gère les petites courses, les comptes et surtout la minuterie — dès qu’elle sonne, le client doit payer un supplément ou partir.

Les femmes travaillant en vitrine ont entre 18 et 25 ans, majoritairement originaires des pays de l’Est et de l’Union Européenne. Elena, 25 ans, venue d’un petit village de Roumanie, gagnait 500 euros par mois avant d’émigrer. Rue d’Aerschot, elle récolte environ 4 000 euros mensuels et en met 2 000 de côté — pour une prestation de 15 minutes facturée 40 à 50 euros. Elle travaille le jour, par mesure de sécurité, les attaques survenant surtout entre 2h et 3h du matin.

La commune de Schaerbeek prélève une taxe de 3 253 euros par an par serveuse déclarée dans ces bars. Les prostituées y sont officiellement engagées sous contrat de serveuse, car exercer légalement la prostitution dans ce cadre reste impossible.

Réseaux de proxénétisme, traite des êtres humains et cadre légal en mutation

Deux types de réseaux dominants

Le quartier Nord concentre deux formes d’exploitation bien distinctes. Les réseaux nigérians fonctionnent via des mamas — d’anciennes prostituées auxquelles les jeunes femmes doivent rembourser les frais de leur venue en Europe. Avant leur départ du Nigeria, elles subissent une cérémonie vaudou au cours de laquelle des fragments corporels sont prélevés pour les menacer de malédiction en cas de fuite. Les réseaux d’Europe de l’Est, eux, exploitent souvent la vulnérabilité de femmes via leur compagnon.

Les passes des prostituées nigérianes coûtent en moyenne 20 euros, parfois 10 euros en fin de nuit, contre un minimum de 50 euros pour 10 minutes rue d’Aerschot. La Team Africa de la police fédérale bruxelloise, créée en 1994 et référence européenne en matière de lutte contre la traite, a obtenu en avril 2019 la condamnation d’Esoke U., dite Mama Leather, à 10 ans de prison par la cour d’appel de Bruxelles.

  • ONG pour adultes victimes : Pag-Asa (Bruxelles), Payoke (Anvers), Sürya (Liège)
  • ONG pour mineures : Esperanto, Minor Ndako, Meza

Vers un nouveau cadre légal pour les travailleurs du sexe

La décriminalisation de la prostitution est entrée en vigueur le 1er juin 2022. Un projet de loi voté le 2 avril permet désormais aux travailleurs du sexe de bénéficier d’un contrat de travail. Le proxénétisme reste interdit. Pour aller plus loin sur l’histoire des quartiers de spectacles et de plaisirs dans les grandes villes, je vous invite à lire cet éclairage sur le boulevard du crime et les théâtres du boulevard du Temple à Paris, qui offre un parallèle historique captivant avec ces rues où se mêlent depuis des siècles commerce, spectacle et vie nocturne.

  1. Décriminalisation effective : 1er juin 2022
  2. Contrat de travail possible : loi votée le 2 avril
  3. Proxénétisme : toujours interdit
Romain
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Photos à but illustratif et non représentatives

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