Moins célèbre que Bordeaux, cette ville de Nouvelle-Aquitaine mérite largement une visite

Village médiéval avec marché, église et rivière verdoyante

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Elle n’a pas la renommée de sa grande voisine girondine, ni les files de touristes qui s’y pressent en juillet. Pourtant, cette ville de Nouvelle-Aquitaine cache un patrimoine saisissant, une gastronomie qui n’a rien à envier aux grandes tables, et une âme que peu de voyageurs ont eu la chance d’analyser. Saurez-vous deviner de quelle cité il s’agit avant la fin de l’article ?

Pau. Voilà une ville que j’ai découverte presque par accident, en bifurquant au dernier moment sur la route des Pyrénées. Je cherchais un endroit pour souffler, loin des circuits balisés et des selfie-sticks devant des vignobles trop photographiés. Ce que j’ai trouvé là m’a franchement surpris : une cité royale, perchée sur un plateau, avec un boulevard qui figure parmi les plus beaux d’Europe selon l’avis d’Henry Russell lui-même, ce pyrénéiste franco-irlandais qui en fit son terrain de jeu au XIXe siècle.

Un boulevard, un château, une vue qui cloue sur place

Le boulevard des Pyrénées s’étire sur près de 1 800 mètres au-dessus de la plaine du Béarn. Chaque matin que j’y ai passé, je me suis arrêté net devant ce panorama : les sommets enneigés se découpent sur l’horizon avec une netteté presque irréelle, du pic du Midi de Bigorre jusqu’aux contreforts basques. Victor Hugo, en visite en 1843, nota dans ses carnets que cette perspective valait celle du golfe de Naples. Je ne contredis pas Hugo.

En contrebas du boulevard, le château de Pau mérite à lui seul le déplacement. C’est là que naquit Henri IV en 1553, dans une tortue de marbre vert devenue l’un des symboles les plus étranges et touchants du patrimoine français. Les appartements royaux, meublés avec soin sous Napoléon III, racontent trois siècles d’histoire avec une cohérence rare. L’entrée coûte 9,50 € pour un adulte — un tarif qui paraît presque indécent au regard de ce qu’on y découvre.

Le quartier du château lui-même est un labyrinthe de ruelles qu’on examine sans plan. Je me perds volontiers dans ces venelles où les maisons à colombages côtoient des hôtels particuliers du XVIIIe siècle. Rien à voir avec les reconstitutions patrimoniales aseptisées : ici, les gens vivent, les commerces tournent, et la pierre a du vécu.

La gastronomie béarnaise, une identité à part entière

Parler de Pau sans évoquer sa table serait une faute professionnelle. Le Béarn produit un fromage d’appellation d’origine protégée que les puristes placent au-dessus de beaucoup d’autres : l’ossau-iraty, affiné en montagne, avec une texture ferme et un goût de lait cru qui colle aux papilles longtemps après la dégustation. On en trouve d’excellents exemplaires au marché couvert de Pau, ouvert six jours sur sept.

Le garbure, cette soupe de légumes et de confit que les grands-mères béarnaises préparent encore en hiver, m’a réconcilié avec l’idée de manger chaud sous 12 degrés. Rustique, généreuse, sans prétention — c’est exactement ce que je cherche quand je voyage. Les brasseries du centre-ville la suggèrent souvent en entrée pour moins de 8 €, avec un morceau de pain épais qui finit dans le bouillon.

Pour les amateurs de vins confidentiels, le Jurançon mérite une exploration sérieuse. Ce blanc moelleux, produit sur les coteaux au sud de la ville, accompagne aussi bien le foie gras qu’un fromage de brebis affiné. Ceux qui souhaitent pousser plus loin leur curiosité viticole vers des territoires encore moins balisés trouveront une inspiration utile dans ce voyage vers une destination plus authentique que Saint-Émilion, plus pittoresque que Domme, et pourtant désertée.

Autour de Pau, un arrière-pays qui réserve des surprises

Une ville ne vaut parfois que par ce qu’elle ouvre autour d’elle. Pau fonctionne comme un point de départ idéal pour rayonner vers des paysages que l’on n’t croise pas dans les brochures habituelles. À 45 minutes en voiture vers l’est, les gorges de Kakuetta, dans les Pyrénées-Atlantiques, offrent une randonnée dans une faille rocheuse si étroite que le soleil n’y entre qu’au zénith.

Vers le nord, le Béarn rural déroule des collines douces semées de fermes et de bastides médiévales. Certains villages font penser à d’autres coins moins connus du Sud-Ouest : j’ai eu cette même sensation de décalage temporel en parcourant ce bourg du Périgord qui évoque la Toscane médiévale avec ses tours de pierre et ses ruelles pavées. Le Béarn produit parfois le même effet, avec en prime la langue occitane que quelques panneaux locaux affichent fièrement.

Le parc national des Pyrénées, accessible depuis Pau en moins d’une heure, protège 45 708 hectares de faune et de flore d’altitude. J’y ai vu des isards au petit matin, à la faveur d’un départ tôt depuis le cirque de Gavarnie. Ces moments-là, on ne les programme pas vraiment — on les mérite en se levant avant tout le monde.

Visiter Pau au bon moment pour en tirer le meilleur

Mai et septembre sont mes mois favoris pour cette ville. La lumière y est franche, les terrasses sont ouvertes, et les Pyrénées gardent encore leur manteau blanc au printemps. L’été attire davantage de monde, notamment lors du Grand Prix automobile de Pau — l’une des plus anciennes courses sur circuit urbain d’Europe, organisée depuis 1901 sur les rues de la ville même.

Prévoir deux nuits minimum me semble un strict minimum pour ne rien survoler. Une journée pour le château et le boulevard, une autre pour le marché, les galeries d’art du quartier historique et une escapade vers les hauteurs. Pau ne se livre pas d’un coup — elle se dévoile par couches, comme toutes les villes qui ont quelque chose à raconter.

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Romain
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Photos à but illustratif et non représentatives

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