Je vais vous confier aujourd’hui l’histoire qui me passionne le plus depuis que j’cherche les côtes bretonnes : celle de cette mystérieuse cité engloutie par l’océan. La légende de la ville d’Ys représente le récit légendaire le plus célèbre de Bretagne, une légende maritime qui captive les esprits depuis des siècles. Au cœur de ce mythe, je retrouve trois figures inoubliables : le roi Gradlon, sa fille Dahut et les saints Corentin ou Guénolé. Cette histoire mêle avec subtilité les traditions celtiques anciennes et la christianisation progressive de la région. Je vous propose de découvrir ensemble le récit captivant de cette ville submergée, les racines mystérieuses de ce mythe et les découvertes archéologiques récentes qui bouleversent notre compréhension de ces légendes bretonnes.
Le récit légendaire de la cité engloutie
Laissez-moi vous raconter comment Gradlon le Grand, roi de Cornouaille, fit construire pour sa fille Dahut cette merveilleuse cité d’Ys. Élevée sous le niveau de la mer, la ville était protégée par une puissante digue et une écluse dont seul le souverain possédait la clé, attachée en permanence à son cou. Cette position unique permettait aux habitants d’accéder au port pour leurs activités de pêche.
La terrible et jeune Dahut, profondément attachée aux anciens dieux celtiques, transforma progressivement la cité en lieu de débauche. Chaque soir, elle faisait venir un nouvel amant au palais, l’obligeant à porter un masque de soie. À l’aube, ce masque se transformait en griffes de métal, tuant ainsi ses prétendants dont les corps étaient jetés dans l’océan depuis les falaises. Malgré les avertissements répétés de l’évêque Corentin et de Saint Guénolé, proche du roi, les festivités continuaient sans retenue.
Un matin, un prince vêtu de rouge arriva dans la ville. Dahut tomba immédiatement amoureuse de cet étranger mystérieux. C’était en réalité le diable envoyé pour punir cette cité pécheresse. Par amour pour lui, elle déroba la clé de l’écluse au cou de son père endormi. Lorsque le prince ouvrit l’écluse, l’océan en furie envahit brutalement les rues, engloutissant la ville en quelques minutes. Seul le roi Gradlon réussit à s’échapper grâce à Saint Guénolé, mais celui-ci l’obligea à abandonner sa fille dans les flots. Depuis, Dahut serait devenue une sirène dont les cheveux dorés étincellent parfois dans les vagues au soleil de midi.
Origines et évolution d’un mythe breton
Je dois vous expliquer que cette légende de la ville n’a jamais été fixée définitivement. Les versions les plus anciennes datent d’après la christianisation de la Bretagne, témoignant d’une convergence fascinante entre deux mythes : les villes englouties et les femmes de l’Autre Monde celtique, notamment galloises et irlandaises.
| Période | Auteur | Apport majeur |
|---|---|---|
| 1495 | Pierre Le Baud | Première formalisation écrite avec Gradlon et Corentin |
| XVIIe siècle | Albert Le Grand | Introduction du personnage de Dahut |
| XIXe siècle | La Villemarqué, Sébillot | Collectes de traditions orales bretonnes |
| 1926 | Charles Guyot | Version de référence avec Malgven et Morvarc’h |
La première formalisation apparaît dans l’œuvre de Pierre Le Baud en 1495, présentant la submersion comme un châtiment des péchés. Bertrand d’Argentré signale à nouveau cette légende maritime en 1583. Au XVIIe siècle, Albert Le Grand enrichit considérablement le récit en développant le personnage de Dahut, fille dépravée du roi, achevant ainsi la christianisation du mythe.
Le XIXe siècle marque un tournant majeur avec les collecteurs de traditions orales comme Théodore Hersart de La Villemarqué et Paul Sébillot, ainsi que les œuvres littéraires d’Émile Souvestre et Guy de Maupassant. En 1926, Charles Guyot introduit les personnages de Malgven et du cheval Morvarc’h, établissant la version de référence actuelle. Cette transformation progressive illustre comment un mythe païen originel est devenu une puissante légende morale sur le châtiment du péché.
Entre légende et découvertes archéologiques
Le mystère de la localisation précise de cette cité engloutie continue de m’intriguer profondément lors de mes explorations bretonnes. Les hypothèses sont multiples et passionnantes :
- La baie de Douarnenez, évoquée par la majorité des traditions orales
- Le Cap-Sizun et la pointe du Raz, zones soumises aux tempêtes océaniques
- La baie d’Audierne et la chaussée de Penmarc’h
- Le Yaudet à Ploulec’h dans les Côtes-d’Armor
Les pêcheurs de Douarnenez m’ont raconté qu’ils entendent parfois, par temps calme, les cloches sonner sous la mer. Ces beaux soirs d’été, quand les vents viennent de l’ouest, ces sons mystérieux résonnent depuis les profondeurs.
Pourtant, je dois reconnaître que les plongées multiples dans la baie n’ont jamais remonté de vestiges de ville ancienne, uniquement de la vase et des algues. Seuls des coffres funéraires de l’âge du bronze émergent parfois devant l’île Salgren, témoignant du recul progressif du continent face à la montée des eaux.
La découverte majeure de 2022 par la Société d’Archéologie et de Mémoire Maritime a bouleversé ma perception de ces légendes. Une soixantaine de monolithes du mésolithique, datant de 7600 à 7800 ans, ont été découverts immergés entre l’île de Sein et le phare d’Ar-Men. Ces structures, plus anciennes que les alignements de Carnac, s’étendent sur 120 mètres. Cette expédition menée par Yves Fouquet révèle qu’une grande partie de notre histoire repose aujourd’hui sous l’océan, ouvrant des perspectives fascinantes pour comprendre l’origine réelle de nos légendes bretonnes.
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Photos à but illustratif et non représentatives


