Romeyer. Un petit village de la Drôme que je n’aurais jamais deviné capable de faire autant parler de lui dans le monde de l’escalade. Et pourtant, c’est depuis cette falaise discrète, nichée près de Die, que Seb Bouin vient de signer une nouvelle première ascension majeure : Le Chant des Muses, une ligne qu’il propose en 9b et dont les images viennent d’être publiées dans sa série vidéo Hard Sends.
Romeyer, la falaise qui correspond parfaitement à Seb Bouin
Tout part d’un simple message. Quentin Chastaigner, ouvreur local et fin connaisseur de la falaise de Romeyer, contacte Seb Bouin après avoir équipé une nouvelle ligne. Son intuition est claire : cette voie a été faite pour le style du Français. Et il ne s’est pas trompé d’un centimètre. « Quentin ne s’était pas trompé du tout, c’était exactement mon style de grimpe, avec tout ce que j’aime », confie le grimpeur. Un long dévers, des mouvements puissants, de la résistance pure et plusieurs passages qui font mal aux doigts. Difficile de trouver mieux adapté.
Je connais ce sentiment quand on tombe sur un endroit qui vous parle immédiatement, et Seb l’a vécu ici. À chaque retour à Romeyer, c’était le même plaisir. « L’ambiance du village, le cadre, les gens, et bien sûr la grimpe, c’était toujours un plaisir de revenir encore et encore », raconte-t-il. La falaise a fini par le captiver bien au-delà de la seule performance sportive.
La voie se décompose en plusieurs sections bien distinctes, chacune avec sa propre identité :
- Une première partie cotée 8c, avec un mouvement de compression très physique
- Une longue section de résistance dans le dévers, ponctuée d’un repos en coincement de genou
- Un passage coté 8c+, particulièrement exigeant sur les doigts
- Un crux final dévastateur : un large mouvement dynamique pour atteindre un plat
Ce dernier mouvement, c’est celui qui a failli tout faire basculer. Mais j’y reviendrai.
Le crux final, un adversaire coriace qui a résisté longtemps
Plusieurs chutes au même endroit, toujours sur ce dernier geste dynamique vers le plat. Ce genre de situation, où tout est acquis sauf un seul mouvement, est probablement l’une des plus frustrantes de l’escalade de haut niveau. Seb Bouin en a fait l’expérience ici, et sa réponse a été de lâcher temporairement le projet pour partir grimper en Chine en février 2026. Un pas de côté stratégique, ou peut-être simplement le besoin de changer d’air.
À son retour à Romeyer, les essais reprennent. Nouvelle chute. Encore sur ce maudit mouvement final. Je me demande comment on garde la tête froide dans ces moments-là, quand la réussite semble si proche et pourtant toujours hors de portée. La réponse est arrivée avec le vent, littéralement. Une journée marquée par un fort vent du nord a offert des conditions d’adhérence nettement meilleures, et Seb a enchaîné l’intégralité de la voie pour aller clipper le relais.
| Voie | Cotation | Pays |
|---|---|---|
| Le Chant des Muses | 9b | France (Drôme) |
| El Gran Cabrón | 9b | Chine |
| Vidra La Vida | 9b/+ | Croatie |
| Suprême Jumbo Love | 9b+ | États-Unis |
| Wolf Kingdom | 9b+ | France |
| DNA | 9c (proposition) | France (Verdon) |
Ce palmarès parle de lui-même. Seb Bouin figure parmi les grimpeurs les plus prolifiques du monde sur les cotations extrêmes, avec des premières ascensions sur plusieurs continents. Chaque ligne qu’il libère vient enrichir une bibliographie déjà impressionnante.
Une cotation honnête et une réussite teintée de mélancolie
La question de la difficulté est toujours délicate à ce niveau. Bouin lui-même place Le Chant des Muses à la frontière entre le 9a+ et le 9b. Il reconnaît que la voie colle parfaitement à ses qualités physiques, ce qui rend l’évaluation subjective par nature. Malgré tout, il tranche : l’effort global mérite une cotation de 9b. Les futurs répétiteurs auront évidemment le dernier mot, et c’est exactement comme ça que fonctionne la logique des cotations en escalade.
Cette nouvelle ascension s’inscrit dans une dynamique impressionnante. Depuis les gorges du Verdon avec DNA en 9c jusqu’aux falaises croates avec Vidra La Vida, Seb Bouin étudie le monde entier à la recherche de lignes qui lui ressemblent. Romeyer, c’est un peu différent : c’est un projet qui lui a été amené, et non cherché. Cette rencontre inattendue avec une falaise de la Drôme montre qu’il n’est pas forcément nécessaire de partir à l’autre bout du globe pour trouver quelque chose d’unique.
Ce qui me touche dans ce récit, c’est la franchise de Seb sur son attachement au lieu. Réussir la voie lui procure une certaine nostalgie. « Vraiment content d’avoir terminé un si beau projet mais en même temps, un peu triste de perdre ce prétexte pour revenir dans ce petit paradis », confie-t-il. Cette ambivalence entre la satisfaction de la réussite et le deuil d’un prétexte pour revenir, je la connais bien. Les meilleurs endroits laissent toujours ce vide étrange une fois qu’on a atteint ce qu’on y cherchait.
Pour qui veut découvrir les images de cette première ascension du Chant des Muses, le dernier épisode de la série Hard Sends est désormais disponible. C’est la meilleure façon de comprendre, visuellement et émotionnellement, ce que représente cette ligne pour Seb Bouin et pour l’escalade française de haut niveau. Romeyer mérite clairement d’entrer dans la liste des sites incontournables pour les amateurs de grimpe extrême, que vous soyez spectateur ou grimpeur.
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Photos à but illustratif et non représentatives

