Je découvre souvent des villes qui conjuguent patrimoine et défis contemporains. Miramas, située dans les Bouches-du-Rhône, m’a particulièrement marqué lors de mes derniers passages. Cette commune ferroviaire fait face à des enjeux urbains majeurs dans plusieurs de ses quartiers, classés en zones sensibles ou prioritaires de la politique de la ville. J’ai pu constater que la municipalité et la Métropole marseillaise ont engagé d’ambitieuses transformations urbaines, notamment à travers le Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain. Je vais vous emmener à la découverte des Molières, des Coudoulets, de La Maille ou encore des abords de Miramas-le-Vieux. Ces secteurs vivent une dualité fascinante entre difficultés actuelles et perspectives de rénovation prometteuses. Mon objectif reste de vous dresser un état des lieux objectif de ces zones sensibles tout en présentant les initiatives de renouvellement qui façonnent l’avenir de Miramas.
Les quartiers prioritaires identifiés à Miramas
Je commence ma visite par Les Molières, situé dans les quartiers nord. Ce secteur concentre une forte proportion de logements sociaux et figure parmi les quartiers prioritaires de la commune. En progressant vers l’entrée sud-est de la ville, je rencontre Les Coudoulets, marqués par des problématiques de densité et de précarité sociale.
La Maille, particulièrement La Maille 1 et le secteur Mercure, représente un territoire emblématique. Construits dans les années 1970 pour accueillir les ouvriers lorrains venus travailler à Fos-sur-Mer, ces ensembles abritent aujourd’hui plus de 2700 habitants, soit 10% de la population miramasséenne. Je traverse ensuite Miramas-le-Vieux et ses abords immédiats, où la périphérie des anciens remparts cache plusieurs poches de logements sociaux.
Le quartier Nord bénéficie d’une classification en Zone de Redynamisation Urbaine selon le décret fixant la liste des 751 Zones Urbaines Sensibles. Ces territoires partagent des caractéristiques similaires : vieillissement des infrastructures, taux de chômage élevé chez les jeunes, sentiment d’insécurité et isolement par rapport au centre-ville. Cette réalité sociale alimente les tensions et nécessite des interventions structurantes pour redynamiser ces espaces urbains délaissés.
Problématiques sécuritaires et trafics de stupéfiants
Les incidents que j’ai documentés révèlent une criminalité préoccupante dans certains secteurs. La fusillade à la kalachnikov survenue en plein midi devant le bâtiment F6 du Mercure m’a profondément marqué. Un ou deux hommes encagoulés ont jailli d’un véhicule pour tirer une rafale, laissant 4 impacts de calibre 7,62 mm sur les vitres.
Aucune victime n’a été touchée, ce qui confirme la volonté d’intimidation plutôt que d’élimination. Le bâtiment F6 constitue un des points de deal majeurs de Miramas, selon mes échanges avec les forces de l’ordre. Les dealers profitent de multiples points de fuite et repèrent facilement l’arrivée des policiers. Ces tensions entre bandes rivales illustrent la bataille pour le contrôle d’un espace de vente très rémunérateur.
L’école Jean-Giono, située à proximité, a dû confiner ses élèves selon le plan communal de sauvegarde. Frédéric Vigouroux, maire de Miramas, a déclaré : « Ça commence à faire beaucoup. Depuis des mois, je réclame des renforts policiers. » Les jeunes du quartier manifestent leur hostilité envers les renforts de la Compagnie de sécurisation et d’intervention marseillaise, réclamant leur départ. Cette situation sécuritaire tendue nécessite une présence policière renforcée et durable.
Le grand projet de rénovation urbaine de La Maille 1 – Mercure
Je vous présente maintenant le vaste projet de renouvellement urbain lancé en 2019 qui s’étendra jusqu’en 2030. Ce programme s’inscrit dans le cadre du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain et répond à la dégradation avancée des infrastructures et à l’insalubrité des logements.
| Type d’opération | Nombre de logements | Détails |
|---|---|---|
| Réhabilitation | 750 | 623 sociaux, 101 privés |
| Démolition | 220 | 198 sociaux, 13 privés, 9 de fonction |
| Construction | 250 | 195 accession libre, 55 accession sociale |
Le projet poursuit quatre objectifs fondamentaux. Désenclaver le quartier en le reliant à la ville via des espaces publics écologiques constitue la priorité initiale. Valoriser l’activité commerciale et économique représente le deuxième axe. Diversifier l’offre résidentielle pour favoriser la mixité sociale apparaît comme essentiel. Requalifier les équipements publics complète cette stratégie globale.
Le réaménagement complet des espaces publics comprendra rues, allées piétonnes et cyclables, places, jardins et jeux. Deux écoles et un centre social seront reconstruits ou repensés, tandis qu’un pôle commercial et médical verra le jour. L’ambition écologique se traduit par la plantation de plus de 450 nouveaux arbres et 20000 m² de massifs arbustifs pour lutter contre les îlots de chaleur urbains.
La démolition symbolique des immeubles du Mercure
J’ai assisté à un moment historique : la démolition par foudroyage des deux barres d’immeubles E5 et F6 du Mercure un dimanche, cinquante ans après leur construction en 1974. Dès 7 heures du matin, le dispositif de sécurité impressionnant a orchestré l’évacuation de 1700 habitants dans un périmètre de 200 mètres.
Près de 250 agents municipaux et policiers ont assuré le bon déroulement de cette opération délicate. Nora Preziosi, conseillère départementale et présidente de 13 Habitat, a justifié cette intervention : les logements anciens présentaient insalubrité et fissures nécessitant une reconstruction complète.
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L’émotion était palpable chez les Miramasséens attachés à ce quartier populaire emblématique. Une ancienne habitante désormais installée à Bordeaux m’a confié : « Le Mercure, c’est une philosophie, un quartier, toute une vie… Une fraternité, une solidarité. » D’ici 2030, les perspectives annoncent un quartier plus écologique avec végétalisation importante, diversité sociale accrue et meilleures liaisons avec le centre-ville. Plusieurs bâtiments de trois étages maximum incluront des logements en propriété privée, marquant ainsi une nouvelle ère pour ce secteur historique.
La démarche de participation citoyenne dans les projets urbains
Je salue la méthodologie de co-construction choisie par la Métropole et la ville de Miramas pour placer les habitants au cœur des décisions d’aménagement. Entre mai 2016 et mars 2018, 31 temps de rencontre ont été organisés en partenariat avec le Conseil citoyen Nord Miramas et le conseil de quartier de la Crau.
- Réunions publiques pour informer et recueillir les avis des résidents
- Bureaux de rues permettant des échanges de proximité avec les habitants
- Diagnostics en marchant pour identifier concrètement les problématiques du quartier
- Ateliers thématiques approfondissant des sujets spécifiques d’aménagement
La Maison du projet, place des Baladins, ouvre chaque mardi après-midi pour accueillir permanences thématiques, cafés chantier et réunions publiques d’information. Cette démarche participative se poursuit pour chacune des opérations de travaux incluant aménagements des espaces publics, requalification de logements et résidentialisation, construction d’équipements publics. Le système de parrains et marraines ainsi que les actions associatives maintiennent le lien avec les habitants, garantissant que les transformations correspondent réellement aux besoins et attentes des résidents.
Témoignages contrastés des habitants sur la qualité de vie
Les 22 avis que j’ai recueillis sur la qualité de vie à Miramas révèlent une note moyenne de 3,1 sur 5. La sécurité obtient 2,7, l’éducation 3,3, le sport et les loisirs 3,4, l’environnement 3,0 et la vie pratique 3,2.
Les témoignages négatifs dressent un portrait sombre. En juin 2025, un habitant déplorait : « Béton… béton… béton… ville sale, pas le top ! Des squatters dont tout le monde se fout. » En août 2024, un autre évoquait un « record de France d’incivilités ». Une résidente mentionnait en juillet 2024 trois cambriolages subis par ses parents, constatant une dégradation de la sécurité après 45 ans de résidence.
- Les avis positifs soulignent les nombreuses animations et projets d’avenir
- Certains habitants n’ont jamais connu de cambriolages malgré 25 ans de présence
- D’autres saluent une ville en pleine expansion avec commerces et infrastructures
Un témoignage de décembre 2024 dénonçait l’exagération et la haine dans les commentaires négatifs. Un avis d’août 2024 reconnaissait beaucoup d’animations et de jolis quartiers malgré la dépendance à l’hôpital de Salon de Provence. Cette perception variable dépend largement des quartiers et des profils des habitants, révélant une ville aux multiples facettes en pleine transformation.
Photos à but illustratif et non représentatives


