Plus de 3 000 ans d’histoire condensés en 33 dynasties : la chronologie des pharaons d’Égypte reste l’une des aventures humaines les plus passionnantes jamais documentées. Chaque fouille dans le sable du désert, chaque inscription déchiffrée sur les parois d’un temple, chaque cartouche hiéroglyphique révèle un fragment supplémentaire de ce puzzle gigantesque. Pourtant, les dates de règne varient sensiblement selon les sources et les auteurs spécialisés — égyptologues comme Jean Vercoutter, Toby A. H. Wilkinson ou Kenneth Anderson Kitchen — qui appellent tous à la prudence quant à l’exactitude de ces chronologies.
Les principales sources documentaires permettant d’établir cette liste incluent la liste de Manéthon, prêtre égyptien du IVe siècle avant notre ère, la Pierre de Palerme, le Canon royal de Turin, la liste royale du temple de Séti Ier à Abydos, ainsi que les sceaux-cylindres de Den et de Qâ. Beaucoup de ces documents ont été rédigés longtemps après les règnes qu’ils rapportent, et certains sont endommagés ou lacunaires. Dès le départ, le pharaon occupe une place unique : souverain divin régnant par mandat céleste, considéré comme la réincarnation d’Horus, fils d’Osiris et d’Isis, servant d’intermédiaire entre les hommes et les dieux. Ce concept théocratique évoluera profondément au fil des siècles.
Qui étaient les pharaons et comment les recenser ?
Le rôle et la figure du pharaon dans l’Égypte antique
Le mot « pharaon » signifie littéralement « grande maison », référence directe à la demeure où résidait l’esprit du dieu Horus. Ce dieu de la guerre, représenté avec un corps humain et une tête de faucon coiffée d’une double couronne — celle de la Haute-Égypte et de la Basse-Égypte — incarnait la légitimité suprême. Pendant des siècles, le souverain était perçu comme un demi-dieu, réincarnation vivante d’Horus, fils d’Osiris et d’Isis, chargé de assurer l’équilibre cosmique et de servir d’intermédiaire entre les hommes et les divinités.
Être pharaon constituait un droit divin et héréditaire. Chaque souverain disposait d’une grande épouse royale dont la mission exclusive était de lui fournir des héritiers légitimes. Ce gouvernement théocratique excluait toute notion de démocratie. Progressivement, le concept se transforma : le pharaon cessa d’être perçu comme une divinité à part entière pour devenir un homme tout-puissant, mais humain.
Des exceptions féminines remarquables viennent bousculer cette image masculinisée du pouvoir. Nitocris, de la VIème dynastie, régna brièvement entre 2141 et 2140 avant notre ère. Néférousobek, de la XIIème dynastie, tient l’honneur d’être la première reine régnante de l’histoire égyptienne, entre 1790 et 1785 avant notre ère. Hatchepsout, fille de Thoutmôsis Ier, adopta quant à elle des attributs masculins — barbe postiche, titulature royale complète — pour asseoir son autorité pendant plus de deux décennies. Néfertiti, grande épouse royale d’Akhenaton, semblait pour sa part participer activement aux décisions politiques, contrairement aux épouses royales cantonnées au rôle de génitrices.
Les sources permettant d’établir la liste des pharaons
Reconstituer la succession des souverains exige de croiser des documents aux natures très différentes. La liste de Manéthon, rédigée au IVe siècle avant notre ère par ce prêtre égyptien, constitue la base de la division en dynasties encore utilisée aujourd’hui. La liste royale du temple de Séti Ier à Abydos, la Pierre de Palerme, la liste royale de Saqqara, le Canon royal de Turin, les sceaux-cylindres de Den et de Qâ, la liste des rois de Gizeh, la liste de Karnak et la table de Saqqarah complètent cet ensemble documentaire.
Ces sources posent néanmoins des problèmes sérieux. Certaines sont endommagées ou délibérément sélectives — la liste d’Abydos, par exemple, omet volontairement des pharaons jugés illégitimes. D’autres présentent des incohérences entre elles, rendant toute datation absolue hasardeuse. Les travaux des égyptologues depuis le XIXe siècle, notamment ceux de Michel Baud, Yannis Gourdon, Claude Vandersleyen, Kim Steven Bardrum Ryholt, Julien Siesse et Frédéric Payraudeau, ont permis d’affiner considérablement ces chronologies sans pour autant les fixer définitivement.
| Source documentaire | Nature | Époque de rédaction |
|---|---|---|
| Liste de Manéthon | Texte historique | IVe siècle avant notre ère |
| Canon royal de Turin | Papyrus | XIXème dynastie |
| Pierre de Palerme | Stèle fragmentaire | Vème dynastie |
| Liste royale d’Abydos | Bas-relief temple | XIXème dynastie |
| Liste de Karnak | Inscription temple | XVIIIème dynastie |
Les pharaons les plus marquants de l’Égypte antique
Les grands bâtisseurs et conquérants
Narmer, parfois identifié à Ménès, est considéré comme le fondateur de la première des dynasties, ayant accompli l’unification de la Haute et de la Basse-Égypte. La Palette de Narmer, source iconographique majeure, illustre cette conquête décisive. Il fonda Memphis, future capitale du pays, scellant ainsi la réunification des Deux Terres.
Djéser, de la IIIème dynastie, régna entre 2665 et 2645 avant notre ère. Ce pharaon marqua durablement l’histoire en commandant à l’architecte Imhotep la construction de la pyramide à degrés de Saqqara, première grande structure en pierre de l’humanité. Imhotep, dont le génie dépassa largement son époque, fut d’ailleurs divinisé des siècles après sa mort.
Khéops, de la IVème dynastie, régna de 2551 à 2528 avant notre ère. La Large Pyramide de Gizeh, qu’il fit ériger, demeure l’un des monuments les plus impressionnants jamais construits. Son fils Khéphren édifia la seconde pyramide du complexe et probablement le Grand Sphinx, tandis que Mykérinos compléta le trio funéraire de ce site unique.
Thoutmôsis III incarne le conquérant absolu. Son règne de près d’un demi-siècle le vit gouverner le plus grand territoire jamais atteint par l’Égypte, s’étendant jusqu’à l’Euphrate. Ramsès II, fils de Séthi Ier, régna quant à lui 66 ans, de 1279 à 1213 avant notre ère. Grand bâtisseur, il couvrit Louxor, Karnak et Abou Simbel de monuments colossaux, et fonda Pi-Ramsès, nouvelle capitale dans le delta du Nil.
- Narmer — unification de la Haute et Basse-Égypte, fondation de Memphis
- Djéser — première pyramide à degrés de Saqqara avec Imhotep
- Khéops — Grande Pyramide de Gizeh, règne de 2551 à 2528
- Thoutmôsis III — plus grand empire égyptien, règne de cinquante ans
- Ramsès II — 66 ans de règne, temples d’Abou Simbel et Pi-Ramsès
Les pharaons aux règnes emblématiques
Hatchepsout représente un cas unique dans la succession royale. Fille de Thoutmôsis Ier et demi-sœur de Thoutmôsis II, elle régna pacifiquement pendant plus de deux décennies en adoptant tous les attributs masculins de la royauté. Des affrontements militaires aux frontières sud et est ponctuèrent néanmoins son règne, contredisant l’image purement pacifique parfois associée à son règne.
Akhenaton bouleversa profondément la religion en imposant le culte exclusif du dieu Aton. Il installa sa capitale à Tell El-Amarna, rompant avec Thèbes et le puissant clergé d’Amon. Cette révolution religieuse, couplée à un désengagement de la politique extérieure, marqua le début du déclin de la XVIIIème dynastie. Son épouse Néfertiti, réputée pour sa beauté, participait activement aux décisions, fait rarissime dans l’histoire pharaonique.
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Toutânkhamon régna de 1327 à 1323 avant notre ère, mourant à environ 19 ans seulement. Sa tombe, découverte intacte en 1922 par l’archéologue Howard Carter dans la Vallée des Rois, révéla au monde des trésors d’une richesse extraordinaire. Cette découverte reste l’une des plus grandes de l’archéologie mondiale. Cléopâtre VII Philopator, fille de Ptolémée XII, ferme quant à elle la marche : dernière reine régnante d’Égypte, première souveraine de sa dynastie à maîtriser la langue locale, elle entretint des alliances avec Jules César puis Marc-Antoine avant que la bataille d’Actium en 30 avant notre ère ne scelle la fin de l’Égypte pharaonique.
Chronologie complète des dynasties et des pharaons d’Égypte
De la Période prédynastique à l’Ancien Empire
La Période prédynastique s’étend d’environ 8000 à 3150 avant notre ère. Selon Nicolas Grimal, la Dynastie zéro court de 3500 à 3150 avant notre ère et regroupe des rois dont l’existence reste souvent débattue : Horus Scorpion, Horus Ka, Horus Iry-Ro, ou encore des dénominations évocatrices comme Doigt Escargot, Poisson, Cigogne, Faucon, Lion et Tête de vache. Ces hiéroglyphes archaïques n’ont pas tous valeur de preuves linguistiques certifiées, et les chercheurs restent divisés sur leur interprétation.
L’Époque Thinite, de 3150 à 2700 avant notre ère, voit la Ière dynastie (3085-2850) regrouper Ménès, Narmer, Aha — dont le nom signifie « le combattant » —, Djer, qui régna plus de 40 ans et fut inhumé à Umm el-Qaab à Abydos, ainsi que Den, Adjib, Semerkhet et Qaâ. La IIème dynastie (2850-2687) inclut Hotepsekhemouy et Khâsekhemouy.
L’Ancien Empire, de 2700 à 2190 avant notre ère, concentre les plus emblématiques bâtisseurs. La Vème dynastie compte Ouserkaf, Sahourê, Néferirkare Kakai — dont le règne de 20 ans permit au clergé d’accroître son indépendance — et Niouserrê, fils de Neferirkare Kakai, dont le règne dura environ 30 ans. La VIème dynastie inclut Téti, probablement victime d’un complot, Pépi Ier, Mérenrê Ier — qui conserva Uni comme vizir — et Pépi II, dont le règne d’environ 90 ans constitue le plus long de toute l’histoire pharaonique connue.
| Pharaon | Dynastie | Règne approximatif | Réalisation majeure |
|---|---|---|---|
| Djéser | IIIème | 2665-2645 av. J.-C. | Pyramide à degrés de Saqqara |
| Khéops | IVème | 2551-2528 av. J.-C. | Grande Pyramide de Gizeh |
| Pépi II | VIème | env. 90 ans | Plus long règne connu |
| Ramsès II | XIXème | 1279-1213 av. J.-C. | Abou Simbel, Pi-Ramsès |
| Cléopâtre VII | Ptolémaïque | jusqu’en 30 av. J.-C. | Dernière reine régnante |
Du Moyen Empire au Nouvel Empire
La Première Période intermédiaire, de 2190 à 2022 avant notre ère, illustre parfaitement l’instabilité politique que peut traverser une vaste civilisation. Selon Manéthon, la VIIème dynastie aurait compté 70 pharaons en 70 jours — chiffre symbolique qui traduit surtout le chaos de l’époque. La VIIIème reste très lacunaire, et seul Qakarê-Ibi s’y distingue avec certitude. Les IXème et Xème dynasties dites de Hérakléopolis tentèrent de maintenir un semblant d’ordre.
Le Moyen Empire débuta vers 2033 avant notre ère sous Montouhotep II, roi thébain qui réunifie le pays et met fin à cette période de fragmentation. Montouhotep III consolida ces acquis pendant plus d’une décennie. La XIIème dynastie porta l’Égypte vers une prospérité durable : Amenemhat Ier, probablement l’ancien vizir de Mentuhotep IV, Sésostris Ier dont le règne atteignit un demi-siècle, Amenemhat II qui régna plus de trois décennies, Sésostris III qui gouverna lui aussi environ cinquante ans, et Amenemhat III dont les quarante années de règne guarantirent stabilité et commerce florissant. Néférousébek mourut en 1783 avant notre ère, achevant cette période brillante.
La Deuxième Période intermédiaire (1650-1550) vit les Hyksôs de la XVème dynastie, basés à Avaris, contrôler le delta oriental. La XVIIème dynastie thébaine, avec Séqénenrê Taâ II et Kamose, prépara la reconquête. Le Nouvel Empire s’étend de 1552 à 1069 avant notre ère. La XVIIIème dynastie, dominée par les Amenhotep et les Thoutmôsis, représente l’apogée absolu de la civilisation pharaonique. La XIXème vit Séthi Ier restaurer les territoires perdus, puis Ramsès II imprimer sa marque colossale. La XXème, après le règne de Ramsès III qui repoussa les Peuples de la mer et agrandit le temple de Médinet Habou, sombra progressivement — Ramsès IX détient le règne le plus long de la série avec près de 20 ans, tandis que Ramsès VIII ne resta que quelques mois sur le trône.
De la Troisième Période intermédiaire à l’Époque ptolémaïque
La Troisième Période intermédiaire, de 1069 à 747 avant notre ère, s’ouvrit quand Smendès Ier prit le contrôle de la Basse-Égypte en épousant Tentamon, fille de Ramsès XI, tandis qu’Hérihor, vaste prêtre d’Amon à Thèbes, fondait une dynastique parallèle. La XXIème dynasty dirigeait depuis Tanis. Psousennès Ier, dont la momie fut découverte intacte à Tanis, et ses successeurs Amenemnesout (1043-1039), Amenemopet (993-984), Siamon (978-959) et Psousennès II (959-945) se succédèrent dans une relative stabilité. Sheshonq Ier profita ensuite de l’anarchie pour fonder la XXIIème dynastie, dite de Bubastis, avant que rivalité dynastique et révoltes n’éclatent sous les XXIIIème et XXIVème dynasties.
- XXVème dynastie éthiopienne — Piânkhy, Shabaka (qui capture et brûle Bakenranef en 695 avant notre ère), Shabataka (702-690), Taharqa (690-664) et Tanoutamon (664-656)
- XXVIème dynastie saïte : Nékao Ier, Psammétique Ier, Nékao II, Psammétique II, Apriès, Amasis et Psammétique III
- XXVIIème dynastie perse : Cambyse II, Darius Ier, Xerxès Ier, Artaxerxès Ier, jusqu’à Artaxerxès II
La Basse Époque débuta vers 775 avant notre ère avec Alara, roi de Napata au royaume de Koush — l’actuel Soudan — et s’acheva avec la défaite de Darius III en 332 avant notre ère face à Alexandre le Vaste. L’Époque ptolémaïque (332-30 avant notre ère) s’ouvrit à l’automne 332 avec l’arrivée d’Alexandre le Grand en Égypte. Ptolémée Ier Sôter, fils de Lagos, s’empara du pouvoir après l’assassinat d’Alexandre IV en 309 avant notre ère. Cette période vit naître la bibliothèque d’Alexandrie, le phare d’Alexandrie et le temple d’Hathor à Dendérah. Cléopâtre VII Philopator ferma la marche : après la bataille d’Actium en 30 avant notre ère, l’Égypte devint province romaine gouvernée par un préfet impérial.
Prolonger la découverte — déchiffrer les symboles du pouvoir pharaonique
Au-delà de la simple succession dynastique, les symboles visuels des pharaons méritent une attention particulière. Le cartouche hiéroglyphique, cet ovale allongé entourant le nom royal, incarne à lui seul une clé de lecture fondamentale pour l’archéologie et la datation des monuments. Repérer un cartouche sur les parois d’un temple ou d’une tombe permet souvent d’identifier instantanément le souverain commanditaire. Les couleurs et les couronnes portent elles aussi une signification précise — la couronne blanche symbolisait la Haute-Égypte, la rouge la Basse-Égypte, et la double couronne leur unification.
Cette logique symbolique dépasse d’ailleurs les frontières de l’Égypte antique. Nombreuses sont les civilisations qui ont codifié leur identité dans des emblèmes visuels. Si ce type de question vous attire, je vous recommande d’étudier les drapeaux bleus et blancs et les pays qui utilisent ces couleurs dans leur drapeau national — la symbolique des couleurs nationales révèle souvent des héritages historiques aussi riches que ceux des inscriptions égyptiennes.
Pour aller encore plus loin dans la compréhension de la liste des pharaons, je conseille de vous intéresser aux travaux de terrain menés dans la Vallée des Rois à Louxor, où chaque nouvelle fouille — comme celles menées ces dernières décennies par des équipes internationales — continue de réécrire des pans entiers de la chronologie officielle. L’égyptologie reste une discipline vivante, en perpétuel mouvement, où une découverte dans le sable peut bousculer des certitudes établies depuis le XIXe siècle.
Photos à but illustratif et non représentatives


