Le drapeau breton, connu sous le nom de Gwenn ha Du, soit « blanc et noir » en breton, est bien plus qu’un simple étendard régional. Créé au début du XXe siècle, il concentre des siècles d’histoire et d’identité bretonne dans deux éléments visuels forts : des bandes horizontales alternées et des mouchetures d’hermine noires. Partout où je me suis rendu en Bretagne, ce symbole flottait fièrement, des mairies de Rennes aux festivals de Cornouaille.
La création du Gwenn ha Du et ses origines historiques
C’est Morvan Marchal, architecte et militant nationaliste breton, qui a conçu le Gwenn ha Du entre 1923 et 1925. Pour dessiner cet emblème, il s’est inspiré du drapeau américain, le Stars and Stripes, et du blason de la ville de Rennes. Sa première apparition publique date de l’exposition des Arts décoratifs de Paris en 1925. Le Parti autonomiste breton l’a ensuite adopté comme « drapeau national breton » lors de son congrès constitutif de Rosporden, le 11 septembre 1927.
Avant ce drapeau moderne, d’autres bannières représentaient la Bretagne. Le Kroaz Du, soit la croix noire en breton, est considéré comme le plus ancien drapeau breton, dont les origines remonteraient aux alentours de 1188, lors de la troisième croisade. La bannière d’hermine plain, utilisée par les ducs de Bretagne à partir du XIVe siècle, constituait elle aussi un symbole fort du duché.
Durant les années 1920, plusieurs propositions ont circulé pour doter la Bretagne d’un nouvel emblème : le dragon rouge brittonique, le triskèle ou encore la bannière de Saint-Yves figuraient parmi les pistes envisagées. C’est finalement la création de Marchal qui s’est imposée, destinée à l’origine à l’Unvaniez yaouankiz Vreiz, l’Union de la jeunesse de Bretagne.
| Emblème | Période d’usage | Description |
|---|---|---|
| Kroaz Du | Vers 1188 (attesté XVe s.) | Croix noire sur fond blanc |
| Bannière d’hermine plain | XIVe-XVIe siècle | Semé de mouchetures d’hermine |
| Gwenn ha Du | Depuis 1925 | Bandes noir et blanc, canton d’hermines |
La symbolique des éléments du drapeau breton
Les neuf bandes et les provinces historiques
Le Gwenn ha Du se compose de neuf bandes horizontales alternées, cinq noires et quatre blanches, représentant les neuf provinces historiques de la Bretagne. Cette répartition n’est pas anodine : chaque couleur désigne une réalité linguistique et géographique précise.
- Les quatre bandes blanches correspondent aux pays de la Basse-Bretagne bretonnante : Bro-Leon (Léon), Bro-Dreger (Trégor), Bro-Wened (Vannetais) et Bro-Gernev (Cornouaille).
- Les cinq bandes noires représentent les pays de la Haute-Bretagne : Bro-Sant-Brieg (Saint-Brieuc), Bro-Zol (Dol), Bro-Sant-Maloù (Saint-Malo), Bro-Naoned (Nantes) et Bro-Roazhon (Rennes).
L’hermine, symbole de pureté et de noblesse
Les mouchetures d’hermine occupent le canton supérieur blanc du drapeau. Elles symbolisent la pureté, le courage et la noblesse, et renvoient aux ducs de Bretagne depuis le XIIIe siècle. C’est Pierre de Dreux (1187-1250) qui a ajouté une moucheture d’hermine au blason familial en 1202, lors de son mariage avec Alix de Bretagne.
La légende fondatrice attribue à Anne de Bretagne le choix de l’hermine comme emblème : lors d’une chasse, l’animal aurait préféré affronter la mort plutôt que de souiller son pelage blanc dans la boue. Cette anecdote, que j’adore raconter lors de mes pérégrinations bretonnes, a engendré la devise « Plutôt la mort que la souillure« . Les hermines sont habituellement au nombre de onze, disposées en trois rangées de 4, 3 et 4, même si ce chiffre peut varier.
Le Gwenn ha Du, d’un symbole contesté à l’emblème de toute la Bretagne
Les controverses des premières décennies
Dès sa naissance, le drapeau a suscité des débats vifs. Ses détracteurs lui reprochaient d’être un plagiat du drapeau américain, une création rennaise sans légitimité bretonne profonde, ou encore d’évincer la séculaire bannière d’hermine. Léon Le Berre l’appelait un « drapeau inventé de toutes pièces, presque au lendemain de la guerre, par un groupe rennais ». Une querelle par journaux interposés a éclaté entre 1937 et 1938, opposant partisans du Gwenn ha Du et défenseurs du drapeau herminé traditionnel.
Durant la Seconde Guerre mondiale, son image a souffert de son utilisation par le Parti national breton, parti ayant collaboré avec l’occupant allemand. Toléré par la Wehrmacht, il restait associé à des groupes compromis, ce qui a nui à sa réputation jusqu’à la fin des années 1960.
La reconquête populaire
Le tournant s’est produit progressivement. Le 27 mai 1965, la victoire du Stade Rennais en Coupe de France face à Sedan a provoqué un franc déferlement de Gwenn ha Du dans les rues. Lors des événements de mai 68, un drapeau breton a été hissé sur la Sorbonne à Paris. En 1972, les ouvriers du Joint Français à Saint-Brieuc en ont fait l’un des symboles de leur lutte revendicative.
- Popularisation culturelle dans les cercles bretons des années 1950-1960.
- Dimension politique lors des mouvements sociaux de l’après mai 68.
- Adoption massive par l’ensemble de la société bretonne dans les années 1970.
| Date | Événement |
|---|---|
| 27 mai 1965 | Victoire de Rennes en Coupe de France, déferlement de drapeaux |
| 3 octobre 1972 | Drapeau accroché sur la flèche de Notre-Dame de Paris |
| 13 octobre 2006 | Vote à l’unanimité du Conseil régional pour les plaques d’immatriculation |
Aujourd’hui, le Gwenn ha Du flotte sur la majorité des mairies bretonnes et figure sur les plaques d’immatriculation de la région Bretagne, après un vote à l’unanimité du Conseil régional le 13 octobre 2006. Depuis la décision de Patrick Mareschal en 2004, confirmée par son successeur Philippe Grosvalet en 2011, le Conseil général de la Loire-Atlantique l’arbore également. Bien plus qu’un simple emblème régional, le Gwenn ha Du incarne désormais l’unité et la diversité de toute la Bretagne, sans appartenir à aucune idéologie particulière. Si vous voyagez dans la région, comme je le fais régulièrement, vous verrez ce drapeau partout, des festoù-noz aux façades institutionnelles, symbole d’une fierté et d’un patrimoine vivants. Pour découvrir comment d’autres régions du monde structurent leurs emblèmes nationaux autour de couleurs symboliques comme le rouge, le blanc et le vert, la comparaison s’avère très enrichissante.
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Photos à but illustratif et non représentatives


