Ado tué dans la Drôme : 25 ans requis

Juge et avocats en robe lors d'un procès judiciaire

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Le 9 avril 2024, une soirée banale dans le quartier de La Monnaie à Romans-sur-Isère a viré au drame irréparable. Zakaria, 15 ans, n’était là que pour séparer des amis. Il n’avait rien à faire dans cette querelle. Un coup de couteau lui a coûté la vie. Deux ans plus tard, la cour d’assises de la Drôme a rendu ses réquisitions : 25 ans de réclusion criminelle réclamés contre le principal accusé.

Une expédition dans le quartier de La Monnaie qui a tourné au meurtre

Ce soir-là, trois membres de la famille Gourini se sont déplacés ensemble vers ce quartier de Romans-sur-Isère. Adel Gourini, son père et un frère cadet. Le parquet a qualifié ce déplacement d’expédition punitive, mot pour mot. Leur objectif déclaré : retrouver un jeune collégien qu’ils accusaient de harceler le benjamin de la fratrie.

Deux semaines avant le drame, une vidéo avait circulé. On y voyait ce collégien s’en prendre violemment au plus jeune des fils Gourini. Ce document avait mis le feu aux poudres au sein de la famille. Plutôt que de laisser les adultes responsables gérer la situation, la famille a choisi d’agir elle-même. Le directeur du collège concerné avait pourtant conseillé au père de ne pas régler le problème directement avec les jeunes. Ce conseil a été ignoré.

Zakaria, lui, était totalement étranger à cette affaire de harcèlement entre collégiens. Il a voulu protéger un ami pris dans la bagarre. C’est en tentant de s’interposer qu’Adel Gourini l’a frappé d’un coup de couteau. Le geste, selon l’accusation, était délibéré. Zakaria est mort de cette blessure.

Accusé Qualification retenue Peine requise
Adel Gourini Meurtre volontaire 25 ans de réclusion criminelle
Le père d’Adel Gourini Complicité de violences aggravées 4 ans dont 2 avec sursis + mandat de dépôt
Le beau-frère Complicité de violences volontaires 2 ans dont 1 avec sursis

Les réquisitions : trois accusés, trois niveaux de responsabilité

L’avocat général Frédéric Uroz a pris la parole au dernier jour du procès devant la cour d’assises de la Drôme. Ses réquisitions ont distingué précisément les rôles de chacun dans cette nuit tragique.

Pour Adel Gourini, l’accusation centrale reste celle d’avoir délibérément porté le coup fatal. Vingt-cinq ans de réclusion criminelle ont été réclamés. C’est la peine la plus lourde du dossier, et elle reflète la nature intentionnelle du geste tel que le parquet le présente. Frédéric Uroz a repris les nombreux témoignages rendus sur la victime : un adolescent décrit unanimement comme généreux, travailleur, souriant. « Que vaut une vie face à cette querelle de gamins  ? », a-t-il lancé à l’audience, une question qui résonne comme un coup de poing.

Le père, présenté comme le chef d’une famille « qui a voulu se faire vengeance et justice elle-même », est poursuivi pour complicité de violences aggravées. Quatre ans de prison ont été requis contre lui, dont deux avec sursis, assortis d’un mandat de dépôt. C’est lui qui aurait organisé ou validé le déplacement ce soir-là, malgré les mises en garde du directeur d’établissement. Cette décision paternelle pèse lourd dans le dossier.

Quant au beau-frère d’Adel, sa situation est différente mais pas anodine. L’avocat général a été tranchant : « son silence s’est mué en participation ». Deux ans de prison, dont un avec sursis, ont été réclamés pour complicité de violences volontaires. Être présent sans intervenir, sans alerter, sans tenter d’arrêter quoi que ce soit : le parquet considère que ce choix l’engage pénalement.

  • Zakaria avait 15 ans au moment des faits.
  • Il s’était interposé pour protéger un ami, sans lien direct avec le conflit initial.
  • La famille Gourini s’était déplacée à trois dans le quartier ce soir-là.
  • La vidéo à l’origine du conflit avait circulé deux semaines avant le drame.
  • Le directeur du collège avait explicitement déconseillé toute intervention directe.

Ce que ce procès dit du devoir d’altruisme et de ses risques

Je repense souvent, en traversant des villes inconnues, à ces instants où l’on croise des situations tendues et où l’on hésite à intervenir. Zakaria, lui, n’a pas hésité. Il a agi par réflexe, par loyauté envers son ami. Il a payé cet élan de sa vie. L’avocat général l’a dit sans détour : il a « payé son altruisme de sa vie ».

Ce procès pose une question que l’audience ne peut pas esquiver. Quand la justice institutionnelle semble trop lente ou trop lointaine, certaines familles choisissent de reprendre le contrôle. Mais faire justice soi-même produit des catastrophes. Romans-sur-Isère en porte désormais la trace douloureuse.

La cour d’assises de la Drôme doit maintenant délibérer. Les peines requises ne sont pas les peines prononcées : les jurés ont le dernier mot. Ce verdict dira peut-être quelque chose d’essentiel sur la façon dont la société française juge la responsabilité collective dans les violences de groupe, et sur ce que coûte vraiment l’escalade familiale face à un conflit d’adolescents.

Romain Simodil
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Photos à but illustratif et non représentatives

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