La dette mondiale moyenne a atteint 94,7% du PIB en 2025-2026 selon le FMI, contre 92,4% en 2024. Le total de la dette gouvernementale mondiale dépasse désormais 110 milliards de dollars, dont 33% portés par les seuls États-Unis. Ces chiffres donnent le vertige, mais ils cachent des réalités très différentes selon les pays. Un État endetté à 250% du PIB peut dormir sur ses deux oreilles, tandis qu’un autre à 160% frôle l’effondrement. Tout est question de structure, de créanciers et de confiance des marchés. Ce classement des pays les plus endettés du monde cherche les cas les plus emblématiques, analyse les causes profondes de l’endettement et mesure ses conséquences sur les économies.
Dette brute, dette nette : comprendre les chiffres avant de les comparer
Avant de parcourir ce classement comme on feuillète un carnet de voyage, il faut poser les bases. La dette brute inclut l’ensemble des passifs financiers d’un gouvernement, sans déduire aucun actif. La dette nette, elle, soustrait toutes les créances que des pays tiers, des banques ou des institutions financières détiennent sur le pays concerné. La différence est considérable : un pays peut afficher une dette brute impressionnante tout en disposant d’actifs suffisants pour l’effacer en large partie.
Seuls quatre pays affichent aujourd’hui un solde net nul ou positif, dont la Norvège avec un ratio d’endettement net négatif de -163,7% du PIB. Le solde net ne dit rien, en revanche, sur les conditions de remboursement : ni la date, ni le taux d’intérêt, ni la fiabilité réelle du débiteur. L’argent prêté n’a pas disparu, il est simplement dans d’autres mains. En additionnant la position nette de tous les secteurs, le résultat est par définition zéro, chaque dette correspondant à une créance quelque part dans le monde.
Les principales contreparties créancières sont les ménages via leurs fonds de pension, assurances-vie et plans d’épargne qui détiennent des obligations d’État, les banques qui négocient ces titres, les fonds internationaux, et enfin les banques centrales comme la BCE, la Fed ou la Banque du Japon qui achètent massivement des obligations sur les marchés secondaires. Que tous les États soient débiteurs nets signifie juste que les secteurs privé et externe sont créanciers nets. Les actifs financiers mondiaux appartiennent donc majoritairement à des acteurs privés.
Quatre profils types de pays endettés
J’ai toujours trouvé que classer les pays en un seul rang masque l’essentiel. Il existe quatre profils analytiques distincts. Le premier regroupe les pays débiteurs hautement développés et solvables, démocraties stables avec des marchés de capitaux liquides, dont les dettes sont libellées dans leur propre monnaie et détenues principalement par des investisseurs nationaux. Le deuxième concerne les États axés sur la croissance, avec un endettement modéré mais des coûts de financement élevés et une vulnérabilité aux sorties de capitaux.
Le troisième profil regroupe les pays excédentaires riches en matières premières, comme l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar ou la Norvège, qui affichent un endettement net faible ou négatif grâce à leurs fonds souverains. Quatrième et dernier profil : les États fortement endettés et dépendants du crédit extérieur, avec une assiette fiscale réduite, des dettes souvent en devises étrangères et une vulnérabilité réelle aux défauts souverains. Ces quatre catégories résument mieux la réalité que n’importe quel classement brut.
Les 15 pays les plus endettés du monde en 2026
Le podium : Japon, Soudan et Singapour
Le Japon domine ce classement avec une dette publique de 230 à 251,9% du PIB, représentant 9,8 milliards de dollars. Le Soudan occupe la deuxième place avec 222 à 238,8% du PIB, soit 210 milliards de dollars. Singapour complète ce podium avec 176 à 168,3% du PIB, représentant entre 980 et 1 333,7 milliards de dollars. Ces trois situations sont pourtant radicalement différentes dans leur dangerosité réelle.
Le Japon dort relativement bien malgré ce ratio astronomique. Le Soudan, lui, fait face à un risque de défaut souverain bien concret, avec une inflation de 200% par an en 2024. Singapour, paradoxalement, dispose de réserves de change dépassant 1 000 milliards de dollars. Même podium, trois trajectoires incomparables.
Du quatrième au quinzième rang
Voici les pays qui suivent dans ce classement mondial de l’endettement, avec leur ratio dette/PIB :
| Rang | Pays | Dette/PIB (estimation 2026) |
|---|---|---|
| 4 | Venezuela | 164,3% |
| 5 | Liban | 159,1 à 164,3% |
| 6 | Grèce | 103 à 160,2% |
| 7 | Italie | 137 à 143,2% |
| 8 | Bahreïn | 119 à 142,5% |
| 9 | Érythrée | 132% |
| 10 | États-Unis | 124 à 126,9% |
| 11 | Bhoutan | 120 à 122,8% |
| 12 | Zambie | 114,9 à 120% |
| 13 | France | 110,5 à 117,4% |
| 14 | Chypre | 115% |
| 15 | Barbade | 107,5% |
La dette mondiale moyenne s’établit à 94,7% du PIB en 2025-2026 selon le FMI World Economic Outlook d’octobre 2025. Le taux d’endettement des pays du G7 atteint 128,9%, et 19 des 27 États membres de l’Union européenne franchissaient le seuil de Maastricht de 60% du PIB en 2025, invalidant le dogme budgétaire fondateur.
Le Japon, champion mondial de l’endettement : une anomalie stable
251,9% du PIB. Ce chiffre m’a toujours fasciné quand j’examine les grandes économies mondiales. Comment le Japon peut-il tenir debout avec un tel fardeau ? La réponse tient en un chiffre : 85 à 90% de sa dette est détenue par des résidents japonais, ménages et Banque du Japon en tête. La Banque du Japon maintient des taux directeurs proches de zéro depuis plus de deux décennies, ce qui rend le service de la dette presque indolore.
Les causes structurelles sont bien connues. Des décennies de politique monétaire accommodante, des dépenses d’infrastructure massives et une démographie déclinante ont alimenté cet endettement record. Avec 29% de personnes âgées de plus de 65 ans, la capacité d’épargne des Japonais se contracte progressivement. La notation de crédit reste malgré tout à AA- selon Standard & Poor’s, signe que les marchés font encore confiance à Tokyo.
La situation du Soudan offre un contraste saisissant. Sa dette, largement composée de créances bilatérales et multilatérales, expose le pays à un risque de défaut souverain permanent. Le pays a déclaré défaut en 1984, jamais résolu. Une guerre civile depuis 2023 a causé 500 000 morts et déplacé 11 millions de personnes. La sécession du Soudan du Sud en 2011 a emporté 75% des revenus pétroliers. La dépendance financière extérieure y est totale, sans filet de sécurité interne.
La zone euro sous pression : France, Italie, Grèce et le seuil de Maastricht
France et Italie au-delà du seuil de 60%
La France affiche un taux d’endettement de 110,5 à 117,4% du PIB en 2025-2026, représentant 3,2 à 3,5 milliards de dollars. L’INSEE attribue cette progression rapide depuis 112,6% fin 2024 aux baisses d’impôts, aux investissements dans la transition énergétique et la défense, ainsi qu’au ralentissement de la croissance. Les dépenses publiques représentent 57% du PIB, record absolu de l’OCDE. Les seules retraites pèsent 14% du PIB. Le gouvernement vise une stabilisation entre 115 et 120% à l’horizon 2027-2028, objectif conditionné à une croissance économique minimale de 1,5% par an.
L’Italie présente un profil encore plus préoccupant avec 137 à 143,2% du PIB de dette, pour 3 à 3,15 milliards de dollars. La croissance y stagne à 0,8% par an en moyenne depuis 2000, soit 25 ans de quasi-immobilisme économique. 24% de la population a plus de 65 ans. L’économie informelle représente 12% du PIB, creusant un déficit chronique de ressources fiscales. Cette dette est structurellement supérieure à 100% du PIB depuis 1991, ce qui en dit long sur la persistance du problème.
La Grèce, toujours très endettée mais en voie de redressement
Athènes reste le symbole européen de la dette souveraine. La Grèce affiche encore 103 à 160,2% du PIB, représentant entre 347,3 et 425 milliards de dollars. Mais le pays a parcouru un long chemin depuis le pic de 210% en 2020. Les plans de sauvetage tripartites UE, FMI et BCE ont totalisé 289 milliards d’euros entre 2010, 2012 et 2015. L’austérité imposée a réduit les retraites de 45% et les salaires publics de 25%, laissant des cicatrices sociales profondes.
La réévaluation à la hausse de la notation par l’agence Scope Ratings en août 2023 marque un tournant. Une croissance de 2,5% par an entre 2023 et 2025 redonne des couleurs à l’économie hellénique. L’Espagne suit une trajectoire similaire, passant de 120% à 111% de dette entre 2020 et 2025, portée par une croissance de 2,5% annuels. Pourtant, 19 des 27 États membres de l’UE franchissaient encore le seuil de Maastricht de 60% du PIB en 2025, preuve que la zone euro n’a pas résolu son équation budgétaire.
Singapour et les États-Unis : l’endettement au service de la puissance
Singapour, une dette stratégique adossée à des actifs colossaux
Troisième pays le plus endetté du monde sur le papier, Singapour est en réalité parmi les mieux gérés financièrement. La cité-État dispose de réserves de change dépassant 1 000 milliards de dollars. Les fonds souverains GIC et Temasek détiennent eux aussi 1 000 milliards de dollars d’actifs, dépassant la dette brute. Ces emprunts génèrent des retours de 8% annuels depuis 1981, bien au-dessus du coût de la dette. La notation AAA stable confirme cette solidité.
La dette singapourienne est délibérément stratégique : elle sert à préserver la liquidité des marchés de capitaux et à alimenter les fonds souverains plutôt qu’à boucher des déficits. C’est une logique d’investissement, pas de survie. Rares sont les pays qui peuvent se targuer d’une telle maîtrise.
Les États-Unis, débiteurs de réserve mondiale
124 à 126,9% du PIB pour 38,3 à 39,2 milliards de dollars : les États-Unis portent à eux seuls 33% de la dette mondiale. Leur atout majeur reste le dollar, qui représente 59% des réserves bancaires centrales mondiales, contre 20% pour l’euro. Cette position leur permet d’emprunter à des conditions que nul autre pays ne peut obtenir.
La réalité budgétaire reste néanmoins sombre. Les charges d’intérêts atteignent 900 milliards de dollars annuels, soit 2,9% du PIB. Le déficit structurel dépasse 1,5 milliard de dollars par an. Social Security et Medicare absorbent 47% du budget fédéral, sous la pression du départ à la retraite des 76 millions de baby-boomers nés entre 1946 et 1964. Les dépenses de défense culminent à 850 milliards de dollars annuels. Les projections de la CBO et du FMI pointent vers 200% du PIB en 2050 sans réformes.
Faillites souveraines et rééchelonnements : quand les États ne peuvent plus payer
Les défauts souverains ne datent pas d’hier. Dès le XVIe siècle, l’Espagne s’est déclarée plusieurs fois en cessation de paiements pour financer ses guerres. L’Empire ottoman et plusieurs États d’Amérique latine ont connu le même sort au XIXe siècle. Le XXe siècle a ajouté le Mexique en 1982 et la Russie en 1998 à cette liste peu enviable.
Les banques centrales jouent un rôle primordial dans la prévention de ces crises. Sans pouvoir accorder de crédits directs aux gouvernements, elles achètent des obligations d’État sur les marchés secondaires, abaissant les taux et facilitant le refinancement. La BCE, la Fed et la Banque du Japon ont massivement recouru à ces programmes. Un financement monétaire excessif risque néanmoins d’alimenter l’inflation et de compromettre leur indépendance.
Les rééchelonnements prennent généralement la forme de prolongations de durée, de baisses de taux ou d’annulations partielles. Trois cas contemporains illustrent l’éventail des situations :
- Le Liban a déclaré faillite en 2020 après une crise financière bâtie sur un système de Ponzi avec des taux d’intérêt non soutenables à 15%. La livre libanaise s’est effondrée à 90 000 pour un dollar en 2024, contre 1 500 en 2019. 80% de la population vit désormais en situation de pauvreté.
- La Zambie a déclaré défaut en 2020, portant une dette entre 114,9 et 120% du PIB sans capacité de remboursement autonome.
- Le Venezuela a fait défaut en 2017 après une hyperinflation de 1 000 000% en 2018. L’exode de 7,7 millions de Vénézuéliens constitue l’un des plus grands mouvements migratoires de l’histoire récente.
Pour les créanciers, une faillite souveraine se traduit par des pertes considérables : crédits non remboursés totalement ou partiellement, paiements d’intérêts suspendus, et participation forcée à des restructurations coûteuses.
Trajectoires de l’endettement mondial : causes structurelles et projections du FMI
L’explosion de la dette depuis 2000
64% du PIB en 2000, 20 milliards de dollars : c’était avant l’éclatement de la bulle dot-com, dans un monde où plusieurs pays affichaient encore des excédents budgétaires. En 2007, ce ratio tombait même à 62% avant la grande crise financière. Puis tout s’est accéléré. La crise de 2008 a porté la dette mondiale à 80% du PIB en 2010, avec les sauvetages bancaires américains, le TARP à 700 milliards de dollars, les stimuli Obama à 787 milliards, et la crise de la zone euro en Grèce, Irlande et Portugal.
Les causes structurelles communes à tous ces épisodes sont les suivantes :
- Le financement de systèmes de protection sociale avec des dépenses sociales, retraites, santé et éducation dépassant régulièrement les recettes fiscales.
- Le vieillissement de la population dans les économies avancées, qui gonfle mécaniquement les dépenses tout en réduisant la base productive.
- Les crises successives nécessitant des stimulus publics massifs, de 2008 à la pandémie de Covid-19.
La Covid-19 a représenté le choc le plus brutal : la dette mondiale a bondi à 98,7% du PIB en 2020, une hausse de 12 points en un an. Les stimuli américains ont atteint 5 milliards de dollars, le Recovery Fund européen 750 milliards d’euros, et le Japon a mobilisé 234 milliards de dollars.
Ce que le FMI projette pour 2030 et 2050
La trajectoire que dessine le FMI est préoccupante : 94,7% du PIB mondial en 2026, puis environ 100% en 2030, et jusqu’à 120% en 2050 selon un scénario de long terme jugé insoutenable. Des économistes du FMI, de la Banque mondiale et de l’OCDE s’accordent sur un seuil critique : au-delà de 85 à 90% du PIB, l’endettement public commence à freiner la croissance économique. En France, cet effet est estimé à -0,2 à -0,3% de croissance annuelle.
Trois leviers pourraient corriger cette trajectoire, selon le FMI :
- Des réductions massives de dépenses publiques, politiquement très difficiles dans des démocraties vieillissantes.
- Des augmentations d’impôts, avec le risque de pénaliser la compétitivité et la croissance nominale.
- Une accélération de la croissance économique, hypothèse fragile dans un contexte de stagnation structurelle européenne.
La réponse adaptée diffère selon la nature de la dette. Soutenable dans les pays à forte croissance et taux bas, comme Singapour, elle devient insoutenable dans les pays à faible croissance, dette en devises étrangères et accès restreint aux marchés de capitaux. Certains pays d’Afrique subsaharienne ou des Caraïbes, comme le Cap-Vert à 106-109,7% du PIB ou la Barbade qui a remonté la pente de 175% à 102% entre 2018 et 2025 grâce à un plan FMI de 290 millions de dollars, montrent que le redressement est possible, mais au prix d’une austérité sévère.
Regarder l’endettement mondial comme un seul indicateur revient à juger un voyageur sur son seul bagage sans savoir s’il rentre chez lui ou part à l’aventure. La Norvège, avec -163,7% de dette nette, et le Luxembourg à 27,1% du PIB, rappellent qu’une gestion rigoureuse des actifs publics peut transformer même la notion d’endettement.
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Photos à but illustratif et non représentatives


