Mobilisation du 13 octobre : 2 200 manifestants en Drôme-Ardèche

Foule de manifestants tenant des pancartes blanches dans rue parisienne

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Dès 8 heures du matin, ce mardi 13 octobre, j’ai suivi heure par heure une journée de mobilisation lycéenne qui s’est déployée sur tout le territoire de la Drôme et de l’Ardèche. Un mouvement de fond, né depuis plusieurs semaines, porté par la colère des élèves face au manque de professeurs, aux établissements vétustes et aux dysfonctionnements répétés de l’Éducation nationale. Ce 13 octobre, lycéens, enseignants, syndicats et parents d’élèves ont marché ensemble, du nord au sud de ces deux départements.

Une mobilisation massive dès l’aube dans les villes drômoises et ardéchoises

À Valence, j’aurais aimé voir ça de mes propres yeux : près de 200 jeunes rassemblés devant le lycée Camille-Vernet dès 8h10, rejoints rapidement par les militants de la CGT et de la FSU. Le cortège s’est ensuite dirigé vers le centre-ville, s’arrêtant au passage devant le lycée Amblard, avant de converger vers la Fontaine monumentale. Plus de 400 personnes s’y sont retrouvées, dont des lycéens costumés en requins, dansant au son de la musique. Une image qu’on n’oublie pas facilement.

Paul Christophle, député PS de la 1re circonscription de la Drôme, marchait aux côtés des manifestants. « C’est notable de connaître les revendications et de soutenir les lycéens », a-t-il déclaré. La CGT avait même prévu de quoi sustenter tout le monde à midi, avec saucisses et merguez grillées sur place. Ce genre de détail festif dit beaucoup sur l’atmosphère générale du rassemblement valentinois.

À Annonay, le cortège s’est élancé depuis la place Michelet, devant le lycée Boissy-d’Anglas. Environ 180 lycéens ont défilé, certains perchés dans les bennes de tracteurs de la Confédération paysanne. Pierre Milloud, cosecré­taire de la FSU-Snuipp, a pris la parole : « Nous menons le même combat pour de meilleures conditions d’enseignement et d’apprentissage. » À Crest, une centaine de jeunes s’étaient réunis devant le lycée Armorin, barbecue allumé pour se réchauffer. Ambiance bon enfant, mais propos tranchés : Camilo, porte-parole local, déplorait ouvertement le mépris ressenti lors d’une réunion avec les autorités académiques la veille.

À Privas, une quarantaine de lycéens accompagnés de syndicats ont parcouru les rues du centre-ville dans le calme et en musique. Un élève en tête de cortège a interpellé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, évoquant près de 7 000 interpellations en moins de trois semaines à l’échelle nationale. La manifestation s’est terminée devant la préfecture de l’Ardèche.

Tensions à Montélimar et Valence, neuf interpellations dans la Drôme

Montélimar a connu les moments les plus tendus de la journée. Dès le matin, des lycéens avaient bloqué l’entrée du lycée des Catalins avec poubelles et chariots de supermarché. La manifestation s’est ensuite rassemblée devant le théâtre de la ville, où professeurs, parents et élèves se sont retrouvés. « On est scandalisés par la stratégie de maintien de l’ordre », a lancé un enseignant. Jean-Claude, grand-père venu soutenir le mouvement, résumait bien l’état d’esprit général : « Je les soutiens car leur avenir est bien compromis. »

En fin de manifestation, devant le lycée Alain-Borne, un affrontement a éclaté entre forces de l’ordre et lycéens. Des adultes se sont interposés pour éviter l’escalade. Les policiers ont reculé au bout de quelques minutes, pendant que des organisateurs tentaient de maintenir le calme : « On est là de manière pacifique et pas contre la police ». Cinq interpellations ont eu lieu à Montélimar, quatre autres à Valence, dont au moins une personne majeure. Neuf interpellations au total dans la Drôme.

Devant le lycée Algoud-Laffemas à Valence, la situation s’est également tendue : tirs de mortiers, projectiles lancés en direction du personnel, poubelles incendiées. La préfète de la Drôme, Marie-Aimée Gaspari, a renouvelé son appel au calme. La préfecture a relevé la présence d’environ 150 éléments perturbateurs à Montélimar et Valence. Plus de 100 policiers, gendarmes et policiers municipaux avaient été déployés dans la Drôme.

Voici le bilan chiffré de la mobilisation dans la Drôme, selon les données préfectorales :

Ville Nombre de manifestants
Valence (manifestation déclarée) 550
Valence (lycée Algoud-Laffemas) 150
Montélimar 300
Die 150
Crest 80

Au total, 1 300 personnes ont manifesté dans la Drôme ce 13 octobre selon la préfecture.

Ardèche : 910 mobilisés, calme préservé, deux procédures pour outrage

Du côté de l’Ardèche, j’ai été frappé par le contraste avec la Drôme. Aucun débordement signalé, aucun établissement bloqué. La préfecture ardéchoise a comptabilisé au total 910 personnes mobilisées sur l’ensemble du département lors de cette journée nationale.

La répartition des manifestants en Ardèche s’établissait ainsi :

  • Aubenas : 600 participants, dont 220 lycéens
  • Privas : 130 participants, dont 70 lycéens
  • Annonay : 120 participants, dont 70 lycéens
  • Tournon-sur-Rhône : 60 participants

À Aubenas, le cortège s’est élancé depuis l’Agora du Champ de Mars, encadré par le service d’ordre de la CGT. Les organisateurs annonçaient 700 participants, dont un nombre notable d’adultes. Le défilé a traversé la place du château avant de se terminer dans le calme vers 15h30, là même où il avait démarré. Une oratrice a conclu la prise de parole devant la médiathèque : « Le mouvement doit continuer après les vacances, venez manifester le 17 octobre. »

Malgré l’absence de violence, deux procédures pour outrage envers des policiers ont été ouvertes en Ardèche. Aucune garde à vue n’a été prononcée dans le département. Le bilan total pour les deux départements dépasse 2 200 manifestants sur la journée, un chiffre qui témoigne d’un mouvement lycéen profondément ancré dans cette région.

La veille, lundi 12 octobre, des représentants lycéens avaient rencontré la directrice académique Nathalie Kuehn et le recteur de l’académie de Grenoble Philippe Dubelcco au lycée Émile-Loubet à Valence. L’objectif : mettre en place un groupe de concertation pour, selon les mots du recteur, « construire des modalités de dialogue qui permettent d’avancer ». Une étape, certes. Mais Diego, lycéen montilien en terminale, posait la vraie question ce matin-là : « Sans adultes, on n’est pas trop écoutés. » Cette phrase mérite d’être entendue bien au-delà du 13 octobre.

Romain Simodil
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Photos à but illustratif et non représentatives

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