Colère des lycéens : manifestations à Valence et interpellations

Cortège de manifestants et policiers dans une rue parisienne

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Dès 8h00 ce lundi 5 octobre 2026, les premiers foyers de tension s’allumaient devant le lycée Algoud-Laffemas à Valence. Des poubelles en feu, des mortiers d’artifice lancés vers l’établissement, des centaines de jeunes, certains masqués, massés derrière les grilles. J’ai rarement vu une mobilisation démarrer avec une telle intensité dès l’aube. Ce n’est pas une simple escapade matinale : c’est l’expression d’une colère qui couve depuis plusieurs semaines dans les lycées de Drôme et d’Ardèche.

Les revendications portées par ces lycéens sont claires : classes surchargées, journées d’apprentissage trop longues, et surtout le non-remplacement systématique des professeurs absents. Des sujets concrets, qui touchent directement leur quotidien. Avant cette journée du 5 octobre, les cortèges avaient déjà réuni 1 700 manifestants le 1er octobre, puis environ 2 000 le lendemain, dans toute la zone Drôme-Ardèche.

Une matinée sous haute tension dans les rues de Valence

Le quartier Briffaut, autour du lycée Algoud-Laffemas, constituait le point névralgique de la journée. À 8h40, les forces de l’ordre procédaient à une première dispersion, pendant que les pompiers éteignaient un feu de poubelles devant l’établissement. Des syndicalistes de la CGT, de la FSU et de Solidaires tentaient de servir d’intermédiaires. Peine perdue : le jeu du chat et de la souris reprenait aussitôt.

Les manifestants repoussés d’Algoud-Laffemas se dirigeaient alors vers le lycée Camille-Vernet, forçant les automobilistes à improviser des détours rue Faventines. À 11h12, plusieurs centaines de jeunes tentaient de rejoindre le centre-ville piéton. Sur leur passage, des poubelles renversées provoquaient l’agacement des riverains. Les forces de l’ordre bloquaient l’accès au Pôle bus pour éviter une paralysie totale du réseau Citéa, déjà ciblé la semaine précédente.

À 11h34, angle de la rue d’Arménie, des explosions retentissaient. Les boulevards se transformaient en terrain de tension : poubelles incendiées, gaz lacrymogènes, et cette image saisissante de lycéens équipés de masques et de foulards, munis de sérum physiologique pour se laver les yeux. Un manifestant affirmait avoir reçu une cartouche de gaz lacrymogène directement sur lui. La tension redescendait progressivement à partir de 13h45.

Lieu Incidents signalés Interpellations
Lycée Algoud-Laffemas, Valence Mortiers, poubelles incendiées, gaz lacrymogènes Plusieurs
Lycée Victor-Hugo, Valence Poubelles projetées contre les grilles 2
Collège Gustave-Monod, Montélimar Bombes aérosols et alcool à brûler saisis 3 (dont 2 en garde à vue)
Avenue de Romans, Valence Interpellation par la police municipale 1 minimum

Onze interpellations, des blessés et des dégâts matériels

Au total, onze personnes ont été interpellées dans la Drôme durant cette seule journée du 5 octobre : sept à Valence, quatre à Montélimar. Le bilan humain mérite attention. Un personnel de l’Éducation nationale a subi une perte auditive à la suite d’un tir de mortier aux abords d’Algoud-Laffemas et s’est rendu seul au centre hospitalier. Un bus du réseau Citéa a été caillassé rue des Frères Montgolfier, endommageant des vitres et laissant le chauffeur en état de choc. Une passante à trottinette a chuté lors d’un mouvement de foule. Des caméras de vidéoprotection ont été recouvertes de peinture.

À Romans-sur-Isère, l’atmosphère était radicalement autre. Une cinquantaine de lycéens rejoignaient dès 7h30 le lycée Saint-Maurice, mais la mobilisation restait calme. À 9h00, il ne restait qu’une vingtaine de participants, dont trois parents d’élèves. Des échanges posés avec les policiers présents, portant aussi bien sur les revendications scolaires que sur des sujets du quotidien. « Si on arrête maintenant, on va dire que c’était juste pour sécher les cours », résumait un lycéen, exprimant la détermination de ceux qui souhaitaient porter un message sérieux.

Les raisons de continuer à manifester, selon les lycéens interrogés :

  • Le remplacement insuffisant des professeurs absents
  • Des effectifs trop élevés par classe
  • Des emplois du temps jugés épuisants
  • Le sentiment de ne pas être entendus par le ministère de l’Éducation nationale

À Aubenas, le lycée Gimond connaissait une rentrée calme, même si les pompiers éteignaient à 8h15 un feu de poubelles dans une résidence voisine. Au lycée Boissy-d’Anglas d’Annonay, aucun incident. À Montélimar, le lycée Alain-Borne rouvrait normalement, avec une dizaine de policiers postés à l’entrée et une sortie supprimée pour la récréation de 10h.

Arrêtés préfectoraux et fermetures d’établissements

Face à l’escalade, la préfète de la Drôme, Marie-Aimée Gaspari, a pris plusieurs arrêtés interdisant les rassemblements aux abords de lycées : le Dauphiné, Albert Triboulet et Auguste Bouvet à Romans-sur-Isère, Les Catalins à Montélimar, Émile-Loubet à Valence, et la cité scolaire Gustave-Jaume à Pierrelatte. Cette dernière avait fermé ses portes dès le dimanche soir, basculant en distanciel via PRONOTE pour les deux jours suivants, après sept interpellations sur site et des menaces de mort émises contre deux enseignants.

La préfète ne minimisait pas la gravité des débordements : « Les forces de sécurité intérieure ont essuyé des assauts directs, des mortiers d’artifice, des cocktails Molotov, un assistant d’éducation blessé, un chef d’établissement pris pour cible. » Elle appelait pourtant au dialogue, invitant les lycéens à se structurer pour porter leurs revendications le mardi 6 octobre, jour de mobilisation nationale.

À Montélimar, la municipalité avait même anticipé en retirant durant le week-end du mobilier urbain et des cailloux susceptibles de devenir des projectiles. Une décision préventive qui illustre concrètement la nervosité des autorités locales avant cette nouvelle journée de contestation lycéenne. La mobilisation du mardi s’annonçait comme un test grandeur nature : soit les jeunes choisissaient le canal du dialogue proposé par la préfète, soit la pression redoublait dans les rues de la Drôme et de l’Ardèche.

Romain Simodil
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Photos à but illustratif et non représentatives

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