Istanbul, dans ma tête, tenait en trois mots : mosquées, épices et Bosphore. Mes enfants, eux, en avaient un seul en tête, et il rimait avec adrénaline. Je me souviens de notre première matinée turque, eux le nez collé à la vitre du taxi à guetter un grand huit, moi persuadé qu’on passerait la journée dans les musées d’une ville de seize millions d’habitants à cheval sur deux continents.
Nous, on use plutôt nos chaussures sur les sentiers de la Drôme, entre les sommets du Vercors et les champs de lavande. Troquer ce grand air contre une mégapole sans dénivelé, ça ne me ressemblait pas. C’est précisément pour ça que le compromis trouvé sur place, un parc nommé Vialand, a fini par retourner tout mon programme.
D’Istanbul, j’attendais des mosquées, mes enfants voulaient Vialand
Sur les conseils d’un ami qui vit à Istanbul depuis dix ans, j’ai réservé notre journée à Vialand et rangé la carte des monuments au fond du sac. Rebaptisé Isfanbul en 2015, le site reste le premier et le plus grand parc d’attractions de Turquie : 600 000 mètres carrés posés sur la rive européenne, dans le quartier d’Eyüp, au bord de la Corne d’Or.
Ouvert en 2013, l’endroit dépasse largement les manèges. On y trouve des rues commerçantes à ciel ouvert, plusieurs cinémas, une grande place à spectacles et des stands de cuisine turque à chaque angle. Ce que j’avais pris pour une concession aux caprices des enfants s’est transformé en une vraie journée à part entière, où j’ai fini par m’amuser autant qu’eux.
Nefeskesen, le grand huit de Vialand qui m’a coupé le souffle
L’attraction phare porte un nom qui ne triche pas : Nefeskesen signifie « coupe-souffle » en turc. Ce grand huit d’acier passe de l’arrêt complet à 110 kilomètres-heure en trois secondes, puis enchaîne les loopings au-dessus du parc. Régulièrement cité parmi les meilleurs grands huit du monde, il a suffi à mes deux aînés pour y retourner quatre fois d’affilée. Une seule descente m’a convaincu que le nom était mérité.
Ce qui m’a plu, c’est que la vitesse ne dévore pas tout le reste. À côté du monstre d’acier, des manèges doux attendent les plus petits, avec des attractions aquatiques et des allées où l’on flâne sans file d’attente à rallonge. Notre cadette de six ans n’a jamais eu peur, ce qui reste rare dans un parc pensé d’abord pour les amateurs de sensations.
« Bienvenue en 1453 » : l’histoire turque version manège
La vraie bonne surprise, je ne l’avais pas anticipée. Une zone entière, baptisée « Bienvenue en 1453 », met en scène la prise de Constantinople par Mehmet II sous forme de spectacle immersif, canons ottomans et remparts compris. Mes enfants, qui bâillent devant n’importe quel panneau de musée, en sont ressortis à me questionner sur le siège de la ville. J’ai retenu la leçon : l’histoire passe parfois mieux entre deux manèges qu’entre deux vitrines.
La formule réservée comprenait le transfert depuis l’hôtel et l’accès illimité aux attractions, pour environ cinq heures sur place. Avec le recul, c’était le calcul gagnant : aucun billet à racheter toutes les dix minutes, aucune négociation à l’entrée de chaque manège, et un chauffeur qui nous attendait à la sortie quand nos jambes ne suivaient plus.
Comment on y est allés, et ce que je referais autrement
Depuis la France, Istanbul se rejoint en un vol direct d’environ trois heures quarante au départ de Paris, avec un décalage d’une à deux heures selon la saison. C’est bien moins loin qu’on ne l’imagine, et ce rythme épargne les enfants. Le parc se situe à l’écart de la vieille ville : en transports, on rejoint la station de métro Eyüpsultan-Alibeyköy, d’où une navette dessert directement l’entrée.
Avec des enfants fatigués et un plan de métro en turc, j’ai vite mesuré l’intérêt du transfert inclus dans la réservation. Si je devais tout refaire, je garderais Vialand pour le deuxième jour plutôt que le premier : arriver reposés change tout quand il faut tenir cinq heures de manèges. Et je repartirais en chaussures fermées, parce que 600 000 mètres carrés, ça se marche du matin au soir.

Sultanahmet et le vieil Istanbul, l’autre visage de la ville.
Istanbul en famille, bien au-delà du parc
Le lendemain, on a enfin déroulé ma part du programme. Le quartier de Sultanahmet réunit en quelques centaines de mètres Sainte-Sophie, érigée au VIe siècle, la Mosquée Bleue et ses six minarets, puis l’entrée du Grand Bazar et de ses quelque 4 000 boutiques réparties sur une soixantaine de ruelles couvertes. Après la vitesse de la veille, mes enfants ont accepté de ralentir, sans doute parce qu’ils avaient déjà eu leur dose d’adrénaline.
C’est là que le voyage a pris tout son sens. Une ville que je croyais réservée aux amateurs de vieilles pierres s’est révélée capable de contenter toute la famille, à condition d’admettre qu’un grand huit peut ouvrir la porte d’une leçon d’histoire. Habitués aux montagnes de la Drôme, nous sommes rentrés avec une certitude : Istanbul se visite très bien à hauteur d’enfant, pourvu qu’on laisse un peu de place aux montagnes russes.
Photos à but illustratif et non représentatives

