Savez-vous que la plus jeune population de France se concentre sur 376 km² perdus dans l’océan Indien, au nord du canal du Mozambique ? Les habitants de Mayotte portent un nom bien précis : les Mahorais et les Mahoraises. Ce département d’hormis-mer, officiellement le 101e de France depuis le 31 mars 2011, s’inscrit dans l’archipel des Comores avec une identité forgée sur des siècles d’histoire, de brassages culturels et de choix politiques forts. Derrière ce gentilé se cache une réalité humaine passionnante, riche de contradictions, de défis immenses et d’une vitalité démographique sans équivalent en territoire français.
Le gentilé officiel : Mahorais et Mahoraises
Un terme ancré dans la toponymie de l’île
Le mot Mahorais ne doit rien au hasard. Il tire son origine du nom historique de l’île : Maore, ou Mawutu, appellation utilisée bien avant que le nom francisé Mayotte ne s’impose dans les textes administratifs et sur les cartes. Le navigateur arabe Ahmed Ibn Majid mentionnait d’ailleurs l’île sous un nom similaire dès 1490, preuve que cette désignation précède largement la présence française.
L’administration française a donc retenu le gentilé Mahorais au masculin et Mahoraises au féminin, ancré dans la toponymie locale plutôt que dans la forme francisée du nom. Ce choix lexical reflète un attachement profond à la désignation autochtone de l’île, une façon de reconnaître que l’identité de ses habitants précède et dépasse le simple cadre administratif colonial.
Pourquoi pas Mayottiens ?
La question se pose légitimement. Phonétiquement, Mayottiens paraît logique, comme on dit Réunionnais pour la Réunion. Pourtant, ce terme n’est jamais employé dans les textes officiels, les médias nationaux ni les institutions françaises. Le choix de Mahorais s’explique précisément par ce retour aux racines : la forme Maore du nom de l’île fonde le gentilé, distinguant les habitants de Mayotte de tout autre dénomination approximative.
Cette préférence n’est pas anodine. Elle signale que l’appartenance à ce territoire dépasse la simple lecture administrative du mot « Mayotte ». Les Mahorais eux-mêmes utilisent ce terme pour se désigner, ce qui renforce son ancrage dans la vie quotidienne et dans la culture locale.
Usage du féminin et accord grammatical
La formation du féminin suit les règles classiques du français : on dit une Mahoraise, des Mahoraises au pluriel. Le gentilé fonctionne aussi bien comme nom que comme adjectif selon le contexte. On parlera ainsi d’une « tradition mahoraise », d’un « élu mahorais » ou simplement « des Mahorais » pour désigner la population dans son ensemble.
Une identité mahoraise façonnée par des siècles d’histoire
Des origines swahilies et musulmanes
Les premières installations humaines remontent aux VIIIe et IXe siècles, portées par la culture swahilie d’origine bantoue. Les fouilles menées à Dembéni ont révélé des céramiques importées du golfe Persique, d’Inde et de Chine, datant du IXe au XIIe siècle. Ces découvertes attestent d’une île déjà connectée aux grandes routes commerciales de l’océan Indien bien avant l’arrivée des Européens.
Du XIIIe au XVe siècle, des chefs musulmans appelés les Fani dirigent l’île. Vers 1470, un sultanat shirazi originaire de Perse s’établit. Le grand souverain Haïssa ben Mohamed fait ériger en 1538 le mihrab de la mosquée de Tsingoni, encore visible aujourd’hui. À sa mort, sa fille Moina-Alachora lui succède comme sultane, fait remarquable dans une société musulmane médiévale.
Le rattachement à la France comme choix identitaire
Le 25 avril 1841, sous le règne de Louis-Philippe Ier, le sultan Andriantsoly, menacé par les royaumes voisins, cède l’île au royaume de France. Il reçoit en échange une rente viagère de mille piastres, soit 5 000 francs, et le droit d’élever deux enfants à La Réunion. Ce traité, ratifié officiellement par l’État français en 1843, marque un tournant fondateur.
Les Mahorais confirment ensuite ce choix à plusieurs reprises. Lors du référendum du 22 décembre 1974, alors que 90 % de l’archipel vote pour l’indépendance, 63,8 % des Mahorais choisissent de rester dans la République française. Le second référendum du 8 février 1976 enfonce le clou : 99,4 % des votants (17 845 voix pour, 104 contre) confirment leur attachement à la France, malgré la pression internationale et les résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies.
La départementalisation comme aboutissement identitaire
Le référendum du 29 mars 2009 sur la départementalisation recueille l’approbation de 95 % des votants, soit 57 % des électeurs inscrits. Le 31 mars 2011, Mayotte devient officiellement le 101e département français, son cinquième département d’sans compter-mer. Cette évolution institutionnelle soude le terme Mahorais à la pleine citoyenneté française, tout en préservant une identité locale distincte et revendiquée.
La diversité culturelle et religieuse des Mahorais
Une population majoritairement musulmane
Près de 95 % des Mahorais sont musulmans, de tradition sunnite chaféite. L’islam mahorais se singularise par sa modération et son ouverture : l’île n’a jamais connu de conflit religieux ni de phénomène de radicalisation. Une communauté catholique très minoritaire, d’environ 4 000 personnes, dispose de deux lieux de culte : l’église Notre-Dame-de-Fatima à Mamoudzou et l’église Saint-Michel à Dzaoudzi. Une communauté indienne d’environ 500 membres, majoritairement musulmane mais de rite distinct, complète ce tableau religieux pluriel.
Les langues parlées par les Mahorais
Deux langues locales structurent la vie quotidienne : le shimaoré (ou mahorais) et le shibushi. Selon l’INSEE, seulement 55 % des habitants affirment maîtriser le français en 2022, un taux qui monte à 75 % pour ceux nés sur le territoire. L’évolution reste spectaculaire : en 1990, 90 % de la population ignorait la langue française. Fin 2012, 75 % ne parlaient que le shimaoré.
L’analphabétisme demeure un défi structurel. En 2000, il touchait 35 % des hommes et 40 % des femmes. Selon les données de la Journée Défense et Citoyenneté de 2015, 50,9 % des jeunes se trouvaient en situation d’illettrisme, et 71 % de la population ne possède aucun diplôme.
Une culture issue de multiples influences
La culture mahoraise résulte d’un brassage africain, arabe, malgache, indien et français. Les traditions liées aux saisons, les pratiques culinaires, les fêtes religieuses et les rythmes musicaux structurent la vie sociale. Le calendrier climatique lui-même porte les noms de ces traditions : la saison des pluies s’appelle kashkasini, la saison sèche kussini, les intersaisons matulahi et m’gnombéni. Cette richesse culturelle constitue à la fois une force identitaire et un défi pour la cohésion d’un territoire sous forte pression migratoire.
La démographie des Mahorais : une population jeune et en forte croissance
Une explosion démographique sans équivalent en France
| Année | Population estimée | Densité (hab./km²) |
|---|---|---|
| 2012 | 212 645 | – |
| 2017 | 256 518 | 682 |
| 2020 | – | 825 |
| 2022 | 310 000 | – |
| 2024 (INSEE) | 321 000 | – |
| 2025 | 329 000 | 875 |
| 2050 (projection) | 440 000 | – |
Le taux de fécondité atteignait 4,68 enfants par femme en 2019, avec une croissance démographique de 3,8 %. Mayotte détient ainsi le record du plus fort taux de croissance de tous les départements français, comparable aux dynamiques de certains pays africains, selon l’INSEE. Seul le Niger fait mieux sur tout le continent africain.
Une population extraordinairement jeune
Plus d’un habitant sur deux a moins de 20 ans, contre un quart seulement en métropole. En 2019, l’âge médian de la population était de 17 ans. Mayotte reste le département le plus dense de France hors Île-de-France, avec 875 habitants par km², loin devant La Réunion qui n’atteint que 339 habitants par km².
Une immigration massive qui complexifie le portrait démographique
Plus de 50 % des résidents sont des Comoriens ou des Africains de l’est. En mars 2018, la population immigrée représentait 45 % de la population adulte de l’île, dont 95 % de nationalité comorienne. Les traversées clandestines en kwassa kwassa ont coûté la vie à environ 12 000 personnes selon les estimations. Entre 25 000 et 30 000 personnes tentent chaque année de rejoindre Mayotte illégalement, pour 18 000 à 20 000 reconduites à la frontière.
Les conditions de vie des Mahorais : un territoire en rattrapage
Une pauvreté structurelle parmi les plus sévères de France
Selon un rapport de l’INSEE publié en 2018, 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté national, contre 14 % en France métropolitaine. Le niveau de vie médian des Mahorais est sept fois inférieur à la moyenne nationale. Le taux de chômage atteint 35 %, record absolu en France, avec 66 % des 15-64 ans en recherche d’emploi. Le SMIC local reste inférieur de 25 % au SMIC national.
Un habitat précaire pour une grande partie des Mahorais
Les chiffres sur le logement décrivent une situation alarmante. Voici les principaux indicateurs relevés :
- 79 % des ménages vivent en habitat précaire
- 28 % des logements ne disposent pas d’eau courante
- 59 % n’ont pas de toilettes à l’intérieur
- 21 % sont privés d’électricité
- 38 % des ménages (soit environ 24 000 foyers sur 63 000) vivent dans des maisons en tôle appelées bangas
- Seuls 3 % des ménages bénéficient d’un logement social
- Plus de la moitié des logements sont en état de surpopulation
Des défis sanitaires propres aux Mahorais
L’espérance de vie moyenne s’établit à 76,3 ans, la plus basse de tous les départements français, comparable à celle de la Jamaïque ou de l’Argentine. L’obésité frappe près d’une femme sur deux (47 %), et une personne sur dix souffre de diabète entre 30 et 69 ans. L’hypertension artérielle connaît une prévalence record. Des maladies tropicales comme la dengue, le chikungunya et le paludisme circulent, même si les infections restent rares chez les personnes vivant dans des conditions d’hygiène satisfaisantes.
Mayotte et ses habitants face aux enjeux environnementaux
Un territoire d’une biodiversité extraordinaire
Le lagon de Mayotte couvre 1 100 km² et figure parmi les plus grands et les plus profonds du monde. Un récif corallien de 160 km l’entoure, abritant entre 250 et 300 espèces de coraux différentes et 760 espèces de poissons tropicaux. L’Inventaire national du patrimoine naturel recense 3 616 espèces marines. Le lagon héberge également une faune remarquable :
- 5 espèces de tortues marines, dont la tortue verte et la tortue imbriquée, avec environ 4 000 montées de ponte par an sur au moins 150 plages
- Une population de dugongs de moins de 10 individus, la seule de France, en danger critique d’extinction
- Plus de 20 espèces de mammifères marins, dont de nombreux dauphins et des baleines accoucheuses en hiver austral
- 24 espèces de requins, sans qu’aucun accident n’ait jamais été déploré
Une flore terrestre menacée par la pression humaine
La forêt primaire ne couvre plus que 5 % de l’île. Pourtant, la flore mahoraise compte au moins 1 300 espèces, dont la moitié sont indigènes ou endémiques. Une réserve naturelle nationale des forêts créée en 2021 protège 2 801 hectares répartis sur six massifs forestiers couvrant 11 des 17 communes du département. Depuis 2018, 470 espèces sont protégées par arrêté préfectoral : 220 animales et 250 végétales. L’association Les Naturalistes de Mayotte alerte sur le risque de disparition totale des forêts naturelles en trente ans au rythme actuel de déforestation.
Des risques naturels auxquels les Mahorais sont confrontés
Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido frappe l’île avec des vents à 226 km/h, le plus puissant depuis 1934. Le Premier ministre François Bayrou déclare l’état de calamité naturelle unique, première fois dans l’histoire française. Dix ans plus tôt, à partir du 10 mai 2018, un essaim de plus de 1 800 secousses sismiques avait ébranlé l’île, culminant avec un séisme de magnitude 5,8 le 15 mai. Des campagnes scientifiques ont ensuite révélé un volcan sous-marin de 800 m d’altitude formé en moins d’un an, à 50 km à l’est de Mayotte, à 3 500 m de profondeur. En 2025, une étude magnétotellurique identifie un réservoir magmatique de plus de 200 km³ à 23 km de profondeur, contenant 22 à 42 % de magma liquide.
Le statut des Mahorais dans la République française
Des citoyens français à part entière
Depuis le 31 mars 2011, les Mahorais sont pleinement citoyens d’un département français. Ce statut leur confère les droits et devoirs liés à la citoyenneté française. Le 1er juillet 2014, Mayotte intègre le territoire de l’Union européenne comme région ultrapériphérique. Les Mahorais participent dès lors aux élections nationales et européennes au même titre que tout autre citoyen français.
Une application progressive du droit commun
La loi du 11 juillet 2001 relative à Mayotte a prévu l’alignement progressif du droit local sur le droit commun français. Ce processus se poursuit encore aujourd’hui. Au plus tard le 1er janvier 2026, la collectivité prendra officiellement le nom de Département-Région de Mayotte. À compter des élections territoriales de 2028, une Assemblée de Mayotte sera élue au scrutin proportionnel, remplaçant l’ancien conseil départemental.
Un lien avec l’Hexagone quelquefois complexe
Les tensions sociales sont récurrentes. Les mouvements de contestation de l’automne 2011 contre la vie chère, les grèves quasi-annuelles pour différents droits, les violences de janvier 2018 ciblant des jeunes : autant de signaux d’un territoire sous pression. Le 19 avril 2018, le Premier ministre Édouard Philippe annonce un plan de rattrapage. En avril 2023, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin lance l’opération Wuambushu pour démanteler des bidonvilles et expulser des Comoriens en situation irrégulière.
Malgré ces tensions, le lien des Mahorais avec la France reste profondément revendiqué. Un conseil pratique pour qui s’intéresse vraiment à cette île : ne lisez pas seulement les chiffres. Écoutez les voix mahoraises elles-mêmes, notamment à travers les travaux du Conseil départemental de Mayotte ou les publications de l’INSEE sur ce territoire, pour saisir comment une population jeune, multiculturelle et résiliente construit, jour après jour, son avenir entre deux océans d’identité.
- Juillet 2025 : adoption par le Parlement français d’un projet de loi pour refonder Mayotte et lutter contre la pauvreté
- 2026 : transformation en Département-Région de Mayotte
- 2028 : mise en place d’une nouvelle Assemblée de Mayotte au scrutin proportionnel
- Habitants de Mayotte : les Mahorais - 11 août 2026
- Habitants de Mayotte : les Mahorais - 10 août 2026
- Habitants de Hong Kong : comment les appelle-t-on ? - 9 août 2026
Photos à but illustratif et non représentatives


