Depuis le 4 juin 2025, l’administration Trump a officiellement annoncé une nouvelle vague d’interdictions de voyager vers les États-Unis, étendue le 16 décembre 2025 et entrée pleinement en vigueur le 1er janvier 2026. Ce contexte chamboule les projets de milliers de voyageurs à travers le monde. Du côté français, le ministère des Affaires étrangères classe les destinations selon quatre niveaux de risque, sans pourtant interdire légalement le départ : aucun texte de loi ne vous empêche de monter dans un avion vers une zone rouge. Deux logiques coexistent donc, l’une américaine avec des restrictions contraignantes, l’autre française avec des avis consultatifs.
Côté américain, 20 pays sont soumis à une interdiction totale d’entrée sur le territoire et 20 autres font face à des restrictions partielles. Côté français, en mars 2026, huit pays ont la totalité de leur territoire classée en zone rouge. Je vous propose un tour complet de cette cartographie du danger, ses implications concrètes et les précautions indispensables avant de boucler votre sac.
Les pays soumis à une interdiction totale ou partielle de voyage
Le décret américain frappe fort. Les 20 pays concernés par une interdiction totale d’entrée aux États-Unis sont l’Afghanistan, le Burkina Faso, la Birmanie, le Tchad, la République du Congo, la Guinée équatoriale, l’Érythrée, Haïti, l’Iran, le Laos, la Libye, le Mali, le Niger, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan, la Syrie, le Yémen, ainsi que les titulaires de documents de voyage délivrés par l’Autorité palestinienne. Le Laos et la Sierra Leone ont basculé de restrictions partielles à interdiction totale précisément au 1er janvier 2026.
Vingt autres pays subissent des restrictions partielles : Angola, Antigua-et-Barbuda, Bénin, Burundi, Côte d’Ivoire, Cuba, Dominique, Gabon, Gambie, Malawi, Mauritanie, Nigéria, Sénégal, Tanzanie, Togo, Tonga, Turkménistan, Venezuela, Zambie, Zimbabwe. Pour ce dernier groupe, concrètement, cela signifie l’absence de nouveaux visas d’immigrant, l’interdiction des visas B, J, F ou M, des délais de traitement allongés et des contrôles renforcés à chaque frontière. Le Turkménistan fait figure d’exception partielle : seuls les visas d’immigrant sont bloqués, les visas de visiteur turkmènes seront prochainement levés.
| Type de restriction | Nombre de pays | Exemples |
|---|---|---|
| Interdiction totale | 20 | Afghanistan, Syrie, Yémen, Iran, Somalie |
| Restrictions partielles | 20 | Nigéria, Sénégal, Venezuela, Cuba, Togo |
Des exceptions existent malgré tout. Plusieurs catégories de personnes peuvent contourner l’interdiction totale :
- Les titulaires d’une carte verte (résidents permanents) et les doubles nationalités voyageant avec un passeport non listé.
- Certains titulaires de visas diplomatiques (catégories A, G, OTAN) et des minorités religieuses ou ethniques d’Iran reconnues.
- Les athlètes participant à des événements internationaux majeurs, comme la Coupe du monde.
En revanche, les visas F2A, F2B, H, L, O, F, M, J, B et K-1 (fiancés compris) ne permettent plus l’entrée. Les demandeurs d’asile afghans et les membres de la famille immédiate de citoyens américains ne bénéficient plus d’exceptions spéciales. Les dossiers de nombreuses demandes d’immigration restent suspendus, même si l’USCIS réexamine certains dossiers de réfugiés couvrant la période du 20 janvier 2021 au 20 février 2025. Un tribunal fédéral du Maryland a d’ailleurs jugé illégales plusieurs politiques de l’USCIS affectant ces ressortissants, ordonnant la reprise du traitement des cartes vertes pour 83 personnes dans le cadre d’une affaire spécifique liée à ces restrictions.
La carte des zones de danger : comprendre les niveaux de risque officiels
Le système de classification du Quai d’Orsay
Le ministère des Affaires étrangères, le Quai d’Orsay, classe chaque destination selon quatre niveaux. La zone verte indique une vigilance normale. La zone jaune commande une vigilance renforcée. La zone orange désigne les voyages déconseillés. La zone rouge signifie des voyages formellement déconseillés. Ces conseils aux voyageurs sont certifiés ISO 9001 : c’est de la méthode sérieuse, pas de l’improvisation. Mais attention : juridiquement, aucune loi française n’interdit de partir, même vers une zone rouge.
En mars 2026, huit pays ont la totalité de leur territoire en zone rouge : l’Afghanistan, la Syrie, la Libye, la Somalie, le Yémen, l’Irak, le Mali et le Soudan du Sud. Certains territoires jouent sur plusieurs tableaux selon la géographie interne. La Turquie illustre parfaitement ce cas : Istanbul et la côte égéenne restent en jaune, mais les régions frontalières avec la Syrie et l’Irak passent en rouge. Le Maroc présente des zones frontalières sahariennes en orange. L’Iran affiche les régions du Sistan-Baloutchistan et du Kurdistan comme particulièrement dangereuses.
Des classifications qui changent en quelques heures
Le Liban a basculé du jaune au rouge en moins de 72 heures lors de l’escalade des tensions avec Israël en 2024. C’est vertigineux. Cette réactivité illustre pourquoi il faut vérifier les alertes jusqu’à la veille du départ. Le Global Peace Index 2025, publié par l’Institute for Economics and Peace, enregistre un recul de 5,4 % de la paix mondiale sur 17 ans, plaçant la Russie et l’Ukraine en tête des pays les moins pacifiques. Les régions est et sud de l’Ukraine demeurent en zone de guerre active.
| Niveau | Couleur | Signification |
|---|---|---|
| 1 | Vert | Vigilance normale |
| 2 | Jaune | Vigilance renforcée |
| 3 | Orange | Voyages déconseillés |
| 4 | Rouge | Voyages formellement déconseillés |
Pour rester informé, le service Fil d’Ariane, lancé en 2011 par le Centre de crise du ministère, envoie gratuitement des alertes SMS et email aux voyageurs inscrits, 24h/24 et 7j/7. Le réseau consulaire français couvre 206 postes répartis dans 105 pays. Fin 2025, 1,78 million de Français établis hors de France figuraient au registre consulaire, dont une partie significative résidant dans des pays en vigilance renforcée.
Risques concrets et précautions indispensables avant de partir
Des conflits qui fauchent des civils chaque jour
Les conflits armés constituent le premier motif de classement en zone rouge. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, 80 % des victimes civiles mondiales se concentrent dans les principales zones de tension recensées en mars 2026. Le Soudan est en guerre civile depuis avril 2023, opposant forces armées et paramilitaires dans un chaos meurtrier. Au Yémen, le conflit dure depuis 2014 avec des frappes aériennes régulières et une insécurité alimentaire touchant 21 millions de personnes selon l’ONU. Haïti est en zone rouge pour l’effondrement de l’ordre public, Port-au-Prince étant largement contrôlée par des gangs armés. La Somalie cumule le terrorisme d’Al-Shabaab, la piraterie maritime et la famine.
Parmi les exemples récents marquant l’histoire des voyageurs français, on retiendra : six humanitaires tués au Niger en 2020, deux touristes enlevés au Bénin en 2019 avec un guide retrouvé mort et deux soldats tués lors de l’opération de libération, quatre touristes tués par des djihadistes au Tadjikistan en 2018, et en 2014 en Algérie, l’enlèvement puis la décapitation d’Hervé Gourdel, guide haute montagne français. Le Comité pour la protection des journalistes a recensé 54 journalistes tués dans l’exercice de leurs fonctions en 2024, majoritairement dans des pays en zone rouge.
Assurance voyage et responsabilité financière
L’article L121-8 du Code des assurances exonère les assureurs des sinistres causés par des faits de guerre. Partir sans couverture adaptée, c’est donc prendre un risque financier colossal. Des assureurs spécialisés proposent des extensions couvrant les zones sensibles, avec un surcoût variant de 30 % à 200 % selon la destination et la durée du séjour. Un rapatriement sanitaire depuis l’Afghanistan peut dépasser 100 000 euros.
- Vérifiez systématiquement la classification de votre destination sur le site du Quai d’Orsay avant tout achat de billet.
- Souscrivez une assurance voyage incluant une clause de rapatriement explicite pour les zones de conflit.
- Inscrivez-vous au Fil d’Ariane pour recevoir les alertes en temps réel pendant votre séjour.
La loi française n° 2010-873 du 27 juillet 2010 permet à l’État d’exiger le remboursement de tout ou partie des dépenses engagées lors d’opérations de secours à l’étranger, dès lors que la personne s’est délibérément exposée à des risques qu’elle ne pouvait ignorer. Partir sans préparation dans un pays dangereux peut donc coûter très cher, au sens littéral du terme.
Anticiper les évolutions de classement pour mieux planifier vos voyages
La carte des risques n’est jamais figée. Le Parisien avait publié en mai 2019 la carte des pays à risque du Quai d’Orsay, révélant une image du monde bien plus nuancée qu’on ne l’imagine spontanément. En 2025, seuls 9 pays sont dans la catégorie la plus dangereuse, et une vingtaine de territoires méritent une très grande prudence. Les événements liés au terrorisme restent rares pour les touristes : entre 10 et 20 cas recensés sur dix ans.
Planifier un voyage nécessite de surveiller l’évolution des restrictions de visa, spécialement pour les ressortissants de pays touchés par la politique américaine, mais aussi d’anticiper les fenêtres de traitement des dossiers consulaires. Les délais s’allongent, les entretiens se multiplient, et les exceptions ne sont jamais garanties. Consulter régulièrement les mises à jour du ministère des Affaires étrangères, activer le Fil d’Ariane et adapter sa couverture assurantielle restent les trois réflexes fondamentaux pour voyager informé, quel que soit votre itinéraire.
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Photos à but illustratif et non représentatives


