À moins d’une heure de route d’Annecy se cache un village que peu de voyageurs inscrivent encore sur leur carte. Ses canaux, ses façades médiévales et ses eaux turquoise lui ont valu un surnom éloquent : la « Petite Venise de Savoie ». Mérite-t-il vraiment cette comparaison ? Pourquoi reste-t-il si peu fréquenté ? Je vous emmène découvrir ce trésor alpin discret, loin des queues et des selfie-sticks.
Un village hors des sentiers battus, à deux pas du lac d’Annecy
Quand j’ai découvert cet endroit pour la première fois, j’ai failli passer devant sans m’arrêter. Rien dans le paysage environnant ne prépare vraiment à ce qui attend au détour d’un virage. Le village s’étire au bord du Rhône, à la sortie du lac du Bourget, encadré par les premiers contreforts du Massif des Bauges. On y accède depuis Annecy en environ 55 minutes via la D1201, en longeant le lac du Bourget sur sa rive est.
Ce que je trouve captivant ici, c’est le contraste saisissant avec Annecy, distante d’à peine 50 kilomètres. Là-bas, en juillet, les quais débordent de touristes dès 9h du matin. Ici, les ruelles restent tranquilles jusqu’en milieu de matinée, même en haute saison. C’est exactement le type de destination que j’aime dénicher — authentique, préservée, accessible. Si vous cherchez une alternative moins touristique qu’Annecy pour des vacances nature en montagne, cette région mérite toute votre attention.
Le village compte environ 500 habitants permanents. Ce chiffre dit beaucoup : on n’est pas dans un parc à thème reconstitué, mais dans un lieu habité, vivant, où les maisons à colombages abritent encore des familles depuis plusieurs générations. Cette densité humaine donne au lieu une chaleur que les grandes stations alpines ont souvent perdue.
Des canaux, des tours médiévales et des reflets qui coupent le souffle
Ce qui vaut à ce bourg son surnom vénitien, ce sont ses canaux alimentés directement par le Rhône et par des bras secondaires qui serpentent entre les maisons. L’eau affleure sous les ponts de pierre, porte des barques à fond plat, miroite sous les facades ocre et grises. J’ai passé une bonne heure assis sur le bord d’un quai à observer les reflets changer avec la lumière — et je n’ai croisé que quatre autres visiteurs.
L’architecture parle d’elle-même. Le village possède plusieurs tours médiévales encore debout, dont la tour de guet du XIVe siècle qui domine le bourg depuis la rive gauche du canal principal. Les maisons à galeries de bois, typiques de l’architecture savoyarde des XVIe et XVIIe siècles, bordent les ruelles pavées. Certaines arborent encore leurs anciens mécanismes de chargement, témoins d’une activité commerciale fluviale intense qui animait ces rives il y a trois ou quatre siècles.
Le château, partiellement restauré, date du XIIe siècle. Il appartient aujourd’hui à une association locale qui organise des visites guidées entre avril et octobre, pour un tarif d’environ 5 euros par adulte. Ce n’est pas le château le plus imposant de Savoie, mais l’angle de vue qu’il offre sur les canaux et les toits de lauze vaut le détour à lui seul. J’y suis monté en fin d’après-midi, lumière rasante — je ne pouvais pas rêver mieux pour photographier les reflets sur l’eau.
Ce que je conseille absolument lors d’une visite
Arrivez tôt. Vraiment. Avant 9h30 si vous venez en juillet ou août, les canaux sont encore enveloppés d’une brume légère qui donne aux vieilles pierres une teinte dorée incomparable. J’ai rarement vu une lumière aussi belle dans un village alpin, et je dis ça en ayant arpente des dizaines de bourgs entre Chartreuse et Vercors.
La promenade des berges longe le Rhône sur environ 2 kilomètres. Elle relie les deux parties du village et passe devant d’anciennes tanneries reconverties, dont certaines accueillent aujourd’hui des ateliers d’artisans locaux. Un coutelier y travaille le cuir et le bois de noyer depuis 1987 — son échoppe vaut le coup d’œil, même si vous n’achetez rien.
Côté restauration, le marché local se tient le samedi matin sur la place centrale. Fromages de Savoie, tommes affinées, miel de montagne et charcuteries issues des élevages du Massif des Bauges — c’est là que je fais systématiquement mes provisions avant de reprendre la route. Les producteurs y sont fidèles, beaucoup vendent en direct depuis des décennies.
Pour les amateurs de nature, le belvédère du Rocher de Chevelu, accessible à pied en 45 minutes depuis le village, offre un panorama qui embrasse à la fois le lac du Bourget et la vallée du Rhône. Par temps clair, on aperçoit les crêtes du Jura au nord. Je n’avais pas prévu cette randonnée au programme — et c’est finalement le souvenir le plus fort que je garde de cette escapade.
Planifier sa visite : timing, logistique et bonne saison
Mai et juin restent mes mois de prédilection pour ce type de destination. La végétation est dense et verte, les températures agréables autour de 18 à 22°C, et la fréquentation touristique encore raisonnable. Septembre offre une alternative sérieuse — les lumières d’automne sur l’eau des canaux produisent des couleurs que l’été ne donne pas.
Le village dont je parle tout au long de cet article, c’est Chanaz — niché entre le lac du Bourget et le canal de Savières, en Savoie. Si peu connu qu’il n’apparaît presque jamais dans les grands guides de voyage, et c’est précisément ce qui en fait son prix. Pas de parking payant, pas de ticket d’entrée, pas de flux organisé. Juste un village qui vit, qui respire et qui laisse une trace durable dans la mémoire de ceux qui prennent le temps d’y flâner.
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Avez-vous déjà visité Chanaz ou un village du même acabit en Savoie ? Partagez votre expérience en commentaire — j’adore découvrir de nouvelles pépites grâce aux lecteurs, et certaines de mes meilleures adresses me viennent de vous.
Photos à but illustratif et non représentatives

