Pharaons d’Égypte : liste et chronologie des dynasties

Pharaon assis sur son trône dans un temple égyptien antique illuminé.

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Le mot pharaon vient de l’égyptien ancien per-aâ, littéralement « grande maison », désignant à l’origine le palais royal avant de devenir le titre du souverain lui-même. intéressant glissement sémantique. Grâce aux listes royales compilées par les scribes et aux nombreuses attestations archéologiques, 345 noms de pharaons nous sont parvenus. Ces souverains se sont succédé sur plus de trois millénaires, entre 3150 et 30 avant notre ère, répartis en onze grandes périodes et trente-trois dynasties. L’institution pharaonique débute avec l’unification du royaume par Narmer-Ménès et se termine officiellement avec Nectanébo II en 343 avant notre ère pour les souverains d’origine égyptienne, avant de se prolonger avec des dynasties étrangères jusqu’à la disparition de Cléopâtre.

Les sources et outils pour établir la chronologie des pharaons

Les listes royales de l’Antiquité

Reconstituer trois millénaires d’histoire n’a rien d’une promenade de santé. Je me souviens d’avoir tenu entre les mains une reproduction du Canon royal de Turin, découvert en 1822, et d’avoir été frappé par l’état de fragmentation de ce papyrus pourtant capital. Ce document de la XIXe dynastie, tout comme la table de Saqqarah mise au jour en 1861, constitue l’une des pierres angulaires de notre connaissance des souverains égyptiens.

Les principales sources antiques sont multiples et complémentaires. Les sceaux-cylindres de Den et Qâ remontent à la Ire dynastie. La pierre de Palerme documente la Ve dynastie. La liste des rois de Gizeh couvre la transition entre la Ve et la VIe dynastie, tandis que la pierre de Saqqarah Sud appartient exclusivement à cette dernière. Pour les périodes plus tardives, la liste de Karnak de la XVIIIe dynastie et la liste d’Abydos de la XIXe dynastie complètent cet ensemble documentaire.

Ces documents sont toutefois loin d’être parfaits. Certains noms de rois non identifiés avec certitude y sont signalés par un point d’interrogation. Beaucoup de ces listes royales se révèlent endommagées, incohérentes entre elles ou délibérément sélectives. Pire, certaines ont été rédigées des siècles, voire des millénaires, après les règnes qu’elles prétendent rapporter.

Principales listes royales de l’Égypte antique
Source Période de rédaction Lieu de découverte
Sceaux-cylindres de Den et Qâ Ire dynastie Abydos
Pierre de Palerme Ve dynastie Région memphite
Liste de Karnak XVIIIe dynastie Karnak
Canon royal de Turin XIXe dynastie Découvert en 1822

Les apports de l’égyptologie moderne

Manéthon de Sebennytos, historien et immense-prêtre d’Héliopolis au IIIe siècle avant notre ère, reste la référence fondatrice avec son Ægyptiaca, qui divise l’histoire pharaonique en trente dynasties. Mais l’égyptologie moderne est née dans la seconde moitié du XIXe siècle, et depuis, les certitudes s’effritent régulièrement.

L’égyptologue Nicolas Grimal, par exemple, a précisé les dates de la Dynastie zéro entre 3500 et 3150 avant notre ère. Ce genre de mise à jour est permanent. Des discussions restent ouvertes sur l’ordre de succession de variés rois, la durée réelle de leurs règnes ou leurs liens de parenté. L’appel à la prudence est donc de mise face à des sources vieilles de 2 000 à 5 000 ans, dont beaucoup sont fragmentaires ou volontairement lacunaires.

De l’unification à l’apogée : les grandes dynasties de l’Égypte pharaonique

La période prédynastique et l’unification des Deux Terres

La période prédynastique s’étend d’environ 8000 à 3150 avant notre ère. Cette immense durée voit progressivement l’abandon du nomadisme et de la prédation au profit de l’agriculture sédentaire le long du Nil — premier facteur d’unification. Le développement du commerce entre le Soudan et la Palestine constitue le second moteur, nécessitant un contrôle militaire et administratif centralisé.

L’unification des Deux TerresHaute-Égypte et Basse-Égypte — se réalise probablement entre le règne de Scorpion Ier et celui de Narmer vers 3150 avant notre ère. Selon les listes royales, le fondateur de la Ire dynastie est Mény, que Manéthon hellénise en Ménès. D’après Hérodote, ce pharaon fut le premier à résider à Memphis, capitale fondée en détournant le cours du Nil. Son successeur Hor-Aha parachève cette œuvre en adoptant le nom de Mény dans sa titulature.

  1. Abandon du nomadisme au profit de l’agriculture sédentaire
  2. Développement du commerce sur l’axe Soudan-Palestine
  3. Nécessité d’un contrôle militaire centralisé
  4. Unification symbolique sous l’autorité d’un pharaon unique

L’Ancien Empire et le Moyen Empire : stabilité et constructions

L’Ancien Empire (2700 à 2200 avant notre ère) représente la plus longue période de stabilité politique connue par l’Égypte antique. C’est l’âge d’or des pyramides. La pyramide à degrés du roi Djéser culmine à 62 mètres à Saqqarah. Snéfrou fait construire la pyramide rhomboïdale (105 mètres) puis la pyramide rouge (110 mètres). Viennent ensuite les trois géants de Gizeh : Khéops (147 mètres), Khéphren (144 mètres) et Mykérinos (66 mètres).

Hauteurs des grandes pyramides de l’Ancien Empire
Pharaon Monument Hauteur
Djéser Pyramide à degrés (Saqqarah) 62 m
Khéops Immense Pyramide (Gizeh) 147 m
Khéphren Deuxième pyramide (Gizeh) 144 m
Mykérinos Troisième pyramide (Gizeh) 66 m

Sous Ounas, à la fin de la Ve dynastie, apparaissent les Textes des pyramides, les plus anciens écrits religieux de l’Humanité. Après le long règne de Pépi II, mort nonagénaire, la monarchie s’effondre vers 2200 avant notre ère. Manéthon illustre ce chaos en affirmant que la VIIe dynastie voit se succéder soixante-dix rois en soixante-dix jours. La VIIIe dynasty compte dix-sept rois en vingt ans — ce qui reste plus crédible.

Le Moyen Empire débute vers 2033 sous Montouhotep II, qui réunifie le royaume après la prise d’Héracléopolis. L’apogée arrive sous la XIIe dynastie, initiée par Amenemhat Ier après l’éviction de Montouhotep IV. Sur quelque 200 ans se succèdent sept pharaons — les différents Amenemhat et Sésostris. Sésostris III met la Nubie au pas, réforme l’administration avec le vizir comme pivot central, et réduit les nomarques dans leurs prérogatives. Cette période prend fin à la mort de Néférousobek en 1783.

Pharaon en tenue royale commandant armée égyptienne antique désert

Conflits, invasions et résistances : les dynasties du Nouvel Empire et des périodes intermédiaires

Les périodes intermédiaires et les dynasties étrangères

La Première Période intermédiaire (2190 à 2022) voit s’affronter deux puissances : les souverains des IXe et Xe dynasties à Héracléopolis au nord, et la lignée thébaine des Antef à Thèbes au sud. L’unité retrouvée sous Montouhotep II ne dure guère.

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La Deuxième Période intermédiaire (1786 à 1552) est marquée par l’irruption des Hyksôs. Ces envahisseurs d’origine sémitique, installés à Avaris dans le delta oriental, mettent Memphis à sac vers 1720 avant notre ère. Leur supériorité militaire repose sur la charrerie — les attelages à chevaux —, technique totalement inconnue des Égyptiens. Les rois Hyksôs (Salitis, Khyan, Apophis…) adoptent la titulature pharaonique, mais la résistance thébaine s’organise. Seqenenrê Tâa périt au combat. Ses successeurs Kamosé puis Ahmôsis parachèvent la reconquête : les Hyksôs sont expulsés vers 1540 après les prises d’Avaris et Sharouhen.

La Troisième Période intermédiaire, débutant en 1069 avec Smendès Ier à Tanis et Hérihor à Thèbes, voit l’Égypte se diviser à nouveau. Des dynasties d’origine libyenne contrôlent le delta, tandis que la Haute-Égypte passe progressivement sous l’influence du royaume de Napata. Sheshonq Ier, fondateur de la XXIIe dynastie dite de Bubastis, délègue une part croissante de son pouvoir aux Grands prêtres d’Amon. La fragmentation aboutit à la création de royaumes concurrents — Léontopolis, Hermopolis Magna, Lycopolis — avant que Bakenranef, dernier pharaon de la XXIVe dynastie, soit capturé et brûlé vif par Chabaka en 695.

Le Nouvel Empire, sommet de la puissance pharaonique

Le Nouvel Empire (1552 à 1080 avant notre ère) représente l’apogée absolu de l’Égypte pharaonique. Ahmôsis Ier inaugure cette ère glorieuse en 1549 — Ramsès XI la clôt en 1069.

  • La XVIIIe dynastie : Ahmôsis Ier, Amenhotep Ier, les Thoutmôsis, Hatchepsout, Akhenaton, Toutânkhamon
  • La XIXe dynastieSéthi Ier, Ramsès II, Mérenptah, Taousert
  • La XXe dynastie : Sethnakht, Ramsès III, les derniers Ramsès jusqu’à Ramsès XI

La XVIIIe dynastie bâtit un empire s’étendant jusqu’à l’Euphrate. Les affrontements avec le Mittani durent jusqu’à Amenhotep II, avant que Thoutmôsis IV ne signe la paix. Puis vient Akhenaton, l’hérétique imposant le culte d’Aton au détriment de toute politique extérieure. Son règne fragilise durablement la dynastie.

Séthi Ier fonde véritablement la XIXe dynastie, mais c’est son fils Ramsès II qui reste l’incarnation même du pharaon tout-puissant. Soixante-six ans de règne. Il fait ériger les temples de Louxor, de Karnak, d’Abou Simbel, le Ramesséum, et crée la nouvelle capitale Pi-Ramsès dans le delta du Nil. Son fils Mérenptah repousse les Peuples de la mer. Puis le déclin s’installe : pillages dans la Vallée des Rois, montée des Grands prêtres d’Amon, querelles de succession.

La fin de l’ère pharaonique : de la Basse Époque aux derniers pharaons

La Basse Époque et les souverains étrangers

La Basse Époque débute vers 775 avec Alara, roi de Napata dans l’actuel Soudan. C’est une période que je qualifierais volontiers de tourmente permanente : souverains étrangers, invasions répétées, courtes respirations d’indépendance. La dynasty nubienne de Piânkhy réunifie brièvement le pays avant d’être balayée par les Assyriens qui pillent Thèbes.

Psammétique Ier, gouverneur de Saïs, profite de la déroute pour expulser les Assyriens grâce à des mercenaires lydiens et grecs, rétablissant l’unité du pays. En 525 avant notre ère, Cambyse II défait Psammétique III — première occupation perse. Après une révolte, Amyrtée, unique représentant de la XXVIIIe dynastie, reprend brièvement le pouvoir avant d’être renversé par Néphéritès Ier.

Nectanébo Ier, prince et général de Sebennytos, fonde la dernière dynasty de pharaons d’origine égyptienne. Son programme de construction est remarquable — premier pylône du temple de Karnak, temple de Philæ. Mais la XXXe dynasty tombe face aux Perses. Artaxerxès III inaugure alors une période particulièrement sombre, marquée par le pillage des temples, la maltraitance du peuple et l’envoi des taureaux Apis à l’abattoir. Nectanébo II, dernier pharaon d’une Égypte indépendante, disparaît en 343 avant notre ère.

Les dynasties étrangères de la Basse Époque
Période Puissance dominante Événement marquant
Vers 775–664 Nubiens (Napata) Piânkhy réunifie l’Égypte
525–404 Perses achéménides (XXVIIe) Cambyse II défait Psammétique III
343–332 Perses achéménides (XXXIe) Artaxerxès III pille les temples

Les dynasties macédonienne et ptolémaïque, crépuscule de la royauté pharaonique

À l’automne 332 avant notre ère, Alexandre le Grand entre en Égypte après la fuite de Darius III. Les Égyptiens l’accueillent comme un libérateur. La période macédonienne qui suit est une étrange parenthèse : Philippe III, frappé d’incapacité mentale, ne règne pas concrètement. Alexandre IV, enfant-roi, voit son pouvoir disputé entre les régents Polyperchon et Cassandre. Il est assassiné en 309.

La période ptolémaïque (323 à 30 avant notre ère) s’ouvre avec Ptolémée, fils de Lagos, général d’Alexandre qui s’empare du pouvoir. Cette dynasty réorganise profondément la société et l’économie : les Grecs et les Macédoniens occupent les postes administratifs et militaires clés, laissant aux Égyptiens les fonctions subalternes. Les réalisations architecturales rivalisent avec le Nouvel Empire : le phare d’Alexandrie, la bibliothèque d’Alexandrie, le temple d’Hathor à Dendérah.

La seconde moitié de la dynasty ptolémaïque sombre dans les querelles intestines et les luttes politiques, provoquant un déclin économique inexorable. L’institution pharaonique proprement dite s’éteint avec Ptolémée XV, dit Césarion, fils de Jules César et de Cléopâtre. Quelques empereurs romains, comme Trajan à Philæ, ont pourtant récupéré le discours et l’imagerie des pharaons pour s’inscrire dans cette tradition. Ce détail révèle le pouvoir symbolique extraordinaire qu’a exercé la monarchie pharaonique bien au-delà de sa propre disparition — et qui, aujourd’hui encore, me donne envie de fouler ce sol chargé d’histoire.

  • Les pharaons guerriers les plus célèbres — Thoutmôsis Ier, Thoutmôsis III, Séthi Ier, Ramsès II, Ramsès III
  • Les pharaons bâtisseurs essentielles : Djéser, Khéops, Ramsès II
  • Les pharaons atypiques : Hatchepsout (femme pharaon), Akhenaton (hérétique), Toutânkhamon (découverte du tombeau en 1922 par Howard Carter)

La Maât — ce principe d’harmonie, de vérité-justice et de prospérité — constitue l’idéologie fondatrice qui légitime chaque règne. Son contraire, l’isfet, désigne les crises et désordres décrits dans les Lamentations d’Ipou-Our et la Prophétie de Néferti. Comprendre les dynasties des pharaons d’Égypte, c’est finalement saisir comment une civilisation a réussi à inscrire dans la pierre — et dans les esprits — un parfait de gouvernance qui a traversé trente siècles sans se briser.

Romain
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Photos à but illustratif et non représentatives

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