Roi égyptien : histoire des pharaons

Pharaon en costume traditionnel dans temple égyptien antique

Branding Astral

Trois millénaires de civilisation concentrés dans une seule institution — le pharaon, roi de l’Égypte antique, a fasciné les explorateurs et les historiens depuis l’Antiquité. Le terme lui-même vient de l’égyptien ancien per-aâ, qui signifie « grande maison ». Bien loin d’être un simple titre, cette désignation dit tout de la conception égyptienne du pouvoir : le souverain et sa demeure forment un seul et même symbole sacré. Grâce aux fouilles et aux listes royales compilées par les scribes, 345 noms de pharaons nous sont parvenus, couvrant une période de plus de trois millénaires, de 3150 à 30 avant notre ère.

Ces souverains d’Égypte n’étaient pas de simples monarques. Chacun concentrait en lui les fonctions de prêtre suprême, de chef militaire et d’administrateur principal, garant de l’équilibre entre les hommes et les dieux. Selon les Ægyptiaca de Manéthon de Sebennytos, grand-prêtre d’Héliopolis au IIIe siècle avant notre ère, cette longue histoire se divise en trente dynasties, regroupées depuis le XIXe siècle en grandes périodes : l’Ancien Empire, le Moyen Empire et le Nouvel Empire. Autant d’âges que j’ai tenté de comprendre, pas à pas, en arpentant les temples de Karnak, les hypogées de la vallée des Rois ou les pyramides de Gizeh.

Des origines à l’unification : la naissance de la royauté pharaonique

Les premières cités rivales de Haute-Égypte

Vers 3300 avant notre ère, à la fin de la période Nagada II, trois villes de Haute-Égypte se disputaient la suprématie : Noubt, Nekhen et Thinis. L’archéologie livre des indices précieux sur ces rapports de force. À Nekhen, les tombes des élites révèlent une utilisation ininterrompue de la nécropole entre la période Nagada I et les débuts de la Ire dynastie. Rien de tel à Noubt, où les inhumations prestigieuses disparaissent entre Nagada III et la Ire dynastie : cette ville a très probablement été soumise par une rivale.

L’adoption de Hor-Nekheny, le dieu faucon Horus adoré à Nekhen, comme divinité protectrice de la monarchie, suggère que les dirigeants de cette cité ont impulsé l’unification politique de la vallée du Nil. Thinis, dont la localisation exacte reste problématique, semble avoir été la puissance dominante en Haute-Égypte juste avant l’unification, comme l’indique sa nécropole sur le site d’Oumm el-Qa’ab à Abydos. Il n’est pas exclu que plusieurs roitelets aient exercé simultanément leur domination, chacun revendiquant le titre royal.

Narmer et l’acte fondateur du royaume

L’unification s’est probablement réalisée entre le règne de Scorpion Ier et celui de Narmer, vers 3150 avant notre ère. Les listes royales égyptiennes désignent le fondateur de la Ire dynastie sous le nom de Mény, hellénisé en Ménès par Manéthon, Diodore de Sicile et Hérodote. Autour de cette figure plane un débat passionnant : pour l’égyptologue belge Philippe Derchain, Mény serait un nom inventé après coup pour doter les annales d’un père fondateur, signifiant simplement « Quelqu’un ». Pour le français Jean Vercoutter, il s’agirait d’un roi légendaire associé aux dieux Min et Amon sous la XVIIIe dynastie.

Des artéfacts découverts à Abydos tranchent partiellement le débat. Sur une empreinte de sceau, Narmer, premier roi de la Ire dynastie, porte l’épiclèse de Mén(y) — « Celui qui établit l’État ». Son successeur Hor-Aha affiche quant à lui le nom de Mény dans sa titulature des Deux Maîtresses. Ces deux souverains se sont clairement présentés comme co-fondateurs des structures étatiques égyptiennes.

Les grandes dynasties pharaoniques et leurs époques

L’Ancien Empire, l’âge des pyramides

L’Ancien Empire, de 2700 à 2200 avant notre ère, représente la plus longue période de stabilité politique connue par l’Égypte antique. C’est l’ère des constructions monumentales par excellence. La pyramide à degrés de Djéser s’élève à 62 mètres à Saqqarah ; Snéfrou fait construire la pyramide rhomboïdale (105 mètres) et la pyramide rouge (110 mètres) à Dahchour. Puis viennent les trois géants de Gizeh, érigés par les pharaons de la IVe dynastie :

Pharaon Pyramide Hauteur
Khéops Grande Pyramide de Gizeh 147 mètres
Khéphren Pyramide de Khéphren 144 mètres
Mykérinos Pyramide de Mykérinos 66 mètres

Sous Ounas, à la fin de la Ve dynastie, les Textes des pyramides apparaissent pour la première fois sur les parois des chambres funéraires. Ce corpus incarne les plus anciens écrits religieux de l’humanité. Après le long règne de Pépi II, mort nonagénaire, la monarchie pharaonique s’effondre vers 2200 avant notre ère. Les pyramides sont pillées. Manéthon, par exagération, affirme que la VIIe dynastie voit se succéder soixante-dix rois en soixante-dix jours.

Le Moyen Empire, l’âge des classiques

Montouhotep II unifie à nouveau l’Égypte et ouvre le Moyen Empire (environ 2033 à 1786 avant notre ère). L’apogée est atteinte sous la XIIe dynastie, fondée par Amenemhat Ier après l’éviction de Montouhotep IV. Sur quelque deux-cents ans, sept pharaons — les différents Amenemhat et Sésostris — se succèdent. Sésostris III soumet la Nubie et la verrouille par des forteresses aux points stratégiques. Le Tjaty (vizir) coordonne une administration réformée, réduisant l’autonomie des nomarques.

Cette période brille aussi par son foisonnement littéraire : les Sagesses encouragent les élites à la loyauté, à l’honnêteté et à la piété. Les pyramides restent en usage, construites en brique à Dahchour, Hawara ou Licht, avec un revêtement de calcaire. La fin du Moyen Empire voit l’affaiblissement de la XIIIe dynastie et l’émergence des Hyksôs, ces « Princes des pays étrangers » qui mettent Memphis à sac vers 1720 avant notre ère et s’installent à Avaris.

Le Nouvel Empire, l’apogée militaire et artistique

Après l’expulsion des Hyksôs par Ahmôsis vers 1540 avant notre ère, l’Égypte entame cinq-cents ans de puissance inégalée. Le Nouvel Empire (1540 à 1070 avant notre ère) réunit trois grandes dynasties : la XVIIIe avec les Amenhotep et Thoutmôsis, puis les XIXe et XXe avec les Séthi et Ramsès. Thoutmôsis III à Megiddo, Séthi Ier et Ramsès II à Qadesh symbolisent cette expansivité militaire face au Mittani, au Hatti et aux Hittites.

Les pharaons abandonnent les pyramides pour des hypogées creusés dans la montagne thébaine, la célèbre vallée des Rois. Les temples de Karnak, Louxor, Abydos et Abou Simbel illustrent la démesure architecturale de l’époque. La crise atonienne, initiée sous Amenhotep III et radicalisée sous Akhenaton, perturbe profondément l’État avant qu’Horemheb, puis Séthi Ier et Ramsès II ne remettent la monarchie sur pied.

Les symboles et rites du pouvoir royal en Égypte antique

Les insignes sacrés de la royauté

Lors de son couronnement, le pharaon reçoit des emblèmes magiques qui matérialisent sa puissance — couronnes, coiffes et sceptres. Ces insignes ne sont pas de simples ornements. Ils incarnent l’idéologie de l’union des Deux Terres, Haute et Basse-Égypte, que chaque souverain est censé préserver. La couronne rouge symbolise la Basse-Égypte, la couronne blanche la Haute-Égypte ; portées ensemble, elles signifient la totalité du royaume.

👇 Vous voulez en savoir plus? Découvrez cette vidéo 👇

La titulature sacrée élaborée lors du couronnement comprend cinq noms royaux, chacun lié à une divinité spécifique. Ce protocole royal exprime la légitimité divine du souverain et son lien avec l’Ennéade d’Héliopolis. Chaque pharaon est ainsi présenté comme le garant d’un ordre voulu par les dieux eux-mêmes.

Les cérémonies qui ponctuent le règne

Le pouvoir divin du pharaon fait l’objet d’une confirmation annuelle à l’occasion du Nouvel An. Mais la cérémonie la plus fastueuse reste la fête-Sed, célébrée à l’occasion des trente ans de règne. Ce jubilé royal renouvelle l’autorité du souverain et valide sa vitalité physique et spirituelle devant les dieux et le peuple. J’ai pu observer, sur les bas-reliefs du temple de Karnak, des représentations de cette fête où le pharaon court rituellement entre des bornes symbolisant les frontières du royaume.

  • Le couronnement marquait l’accession au pouvoir et la remise des insignes sacrés
  • La confirmation annuelle du Nouvel An renouvelait la légitimité divine
  • La fête-Sed des trente ans célébrait la vigueur et l’autorité royale
  • Les grandes processions religieuses affirmaient la domination sur l’ensemble du territoire

Le pharaon, entre divinité et fonction humaine

Un souverain à la nature double

La personnalité du pharaon est fondamentalement ambivalente. Humain par sa naissance, il devient dieu par sa fonction. Descendant de l’Ennéade d’Héliopolis, il incarne le dieu faucon Horus sur le trône des vivants. Mort, il devient Osiris, souverain éternel de l’Au-delà, régénéré par la momification. Cette dualité n’est pas une métaphore : elle structure l’ensemble des textes religieux et des pratiques cultuelles égyptiennes.

Selon la mythologie monarchique, le trône d’Égypte a été institué par le démiurge, transmis aux dieux ses successeurs, puis aux Suivants d’Horus, êtres semi-divins qui précèdent immédiatement les rois historiques. À partir de la Ve dynastie, le pharaon devient aussi fils de Rê selon la théologie solaire héliopolitaine, et fils d’Amon selon le mythe thébain de la théogamie. Trois divinités majeures — Horus, Rê, Amon — coexistent ainsi dans la titulature d’un seul souverain.

Les missions sacrées et temporelles du pharaon

La mission première du pharaon consiste à mettre en œuvre la Maât sur terre, c’est-à-dire l’harmonie entre les hommes et les dieux, à combattre l’isfet (le mal) et à assurer la prospérité du peuple. Pour cela, il doit bâtir, restaurer et agrandir les temples, veiller au bien-être des prêtres et garantir l’accomplissement correct des rites. Ignorant toute séparation des pouvoirs, il est simultanément prêtre suprême, administrateur principal, chef des armées et premier magistrat.

Le pharaon délègue l’exécution de ses décisions à une cohorte de courtisans, de fonctionnaires et de conseillers, dont le premier est le vizir. Parmi les grands législateurs de la tradition égyptienne figure Narmer-Ménès lui-même, qui aurait remplacé les prélèvements fiscaux épisodiques par des ponctions annuelles régulières. Une réforme administrative fondatrice, révélatrice du degré de sophistication atteint dès l’aube de la civilisation pharaonique.

Pharaon assis sur trône entouré de courtisans dans temple égyptien

La famille royale et l’entourage du pharaon

Les épouses et le harem royal

Le pharaon pratique une polygamie étendue, combinant concubines, unions rituelles incestueuses et mariages diplomatiques. Toutes ces épouses vivent regroupées au sein du harem, sous l’autorité de la Grande épouse royale. Ce lieu de vie n’est pas un espace paisible — les rivalités entre co-épouses alimentent régulièrement des conspirations dangereuses.

Pharaon Menace intérieure Conséquence
Téti Complot du harem Assassinat supposé
Amenemhat Ier Conspiration palatiale Assassinat
Ramsès III Complot de la Immense épouse Fin tragique

La place des femmes dans le pouvoir pharaonique

Les femmes occupent une place considérable dans l’entourage royal. Mères, épouses ou filles du pharaon, elles participent activement aux équilibres de la cour. Quelques-unes ont même accédé directement à la charge pharaonique. Hatchepsout reste la figure la plus emblématique de ces reines-pharaons : elle règne comme souveraine à part entière sous la XVIIIe dynastie, avec couronnes et sceptres, et son nom figure sur les inscriptions hiéroglyphiques des monuments officiels. Ces cas, bien que rares, prouvent que la fonction pharaonique transcendait parfois les distinctions de genre.

Les pratiques funéraires des rois d’Égypte

Des pyramides aux hypogées royaux

Les sépultures royales évoluent considérablement selon les époques. À l’Ancien Empire et au Moyen Empire, le pharaon repose dans une pyramide ; au Nouvel Empire, il choisit un hypogée creusé dans la montagne thébaine. À la Troisième Période intermédiaire et à la Basse Époque, les nécropoles s’aménagent dans l’enceinte des temples. Ces mutations architecturales reflètent des transformations profondes dans les conceptions de l’au-delà et de la vie éternelle.

  • Ancien Empire : pyramides de Gizeh, Dahchour et Saqqarah
  • Moyen Empire — pyramides de brique à Hawara, Licht et Mazghouna
  • Nouvel Empire : hypogées de la vallée des Rois à Thèbes
  • Troisième Période intermédiaire : nécropoles dans les enceintes de temples

Les grandes découvertes archéologiques

La découverte la plus célèbre reste celle du tombeau de Toutânkhamon, réalisée en 1922 par le Britannique Howard Carter dans la vallée des Rois. Le trésor mis au jour — sarcophages, couronnes, dépouilles royales intactes — a bouleversé la compréhension des pratiques funéraires royales. Quelle sensation ce dut être, de soulever le voile sur trois millénaires de silence ! Moins médiatisée mais tout aussi remarquable, la découverte du trésor de Tanis en 1939-1940 et 1946, menée par l’égyptologue français Pierre Montet, a livré plusieurs tombes royales inviolées. En 1881, la cachette royale de Deir el-Bahari avait déjà révélé les momies des pharaons du Nouvel Empire.

  • 1881 : découverte de la cachette royale de Deir el-Bahari
  • 1922 : découverte du tombeau de Toutânkhamon par Howard Carter
  • 1939-1940 et 1946 : découverte du trésor de Tanis par Pierre Montet

Les sources historiques pour reconstituer l’histoire des pharaons

Les listes royales et chronologies antiques

Reconstituer la succession des pharaons n’est pas une mince affaire. Les documents ont entre 2 000 et 5 000 ans. La Pierre de Palerme, datant de la Ve dynastie, conserve ses fragments au Musée égyptien du Caire et au Petrie Museum de Londres. Elle mentionne des souverains prédynastiques et des pharaons jusqu’au milieu de la Ve dynastie. La Liste de Karnak, gravée sous Thoutmôsis III, a été démantelée en 1843 et se trouve depuis lors au Musée du Louvre à Paris.

Les deux tables d’Abydos, rédigées sous Séthi Ier et Ramsès II à la XIXe dynastie, recensent 76 prédécesseurs — mais excluent volontairement les pharaons de la Deuxième Période intermédiaire, la pharaonne Hatchepsout et les souverains amarniens. La deuxième table, aux couleurs vives, est exposée au British Museum de Londres. Le document le plus précieux reste le Canon royal de Turin, un papyrus de la XIXe dynastie qui donnait pour chaque règne la durée exacte en années, mois et jours. Malheureusement, il a été gravement endommagé au XIXe siècle lors de son transport vers le Musée égyptologique de Turin.

La chronologie de Manéthon et ses divisions dynastiques

Les Ægyptiaca de Manéthon de Sebennytos, rédigées au IIIe siècle avant notre ère, constituent la plus ancienne chronologie disponible. Ses trente dynasties ne sont pas organisées par liens de sang mais par ville d’origine du pharaon fondateur, qui sert dans la majorité des cas de capitale dynastique. Memphis domine l’Ancien Empire, Thèbes le Moyen et le Nouvel Empire, Avaris accueille les Hyksôs, et Tanis la Troisième Période intermédiaire. Hérodote, Diodore et Strabon complètent ces sources antiques.

L’égyptologie, née dans la deuxième moitié du XIXe siècle, ne cesse d’enrichir et d’infléchir ces chronologies. Pour examiner plus loin les civilisations du monde antique et leurs héritiers géographiques, il peut être utile de consulter des ressources comme cette liste complète des pays du monde classés par leur initiale, qui offre une perspective géographique globale. Les vérités d’hier restent constamment susceptibles d’être infirmées par de nouvelles fouilles archéologiques. Et c’est précisément ce qui rend l’histoire des rois égyptiens indéfiniment fascinante.

  • Memphis — capitale dynastique de l’Ancien Empire
  • Thèbes : capitale du Moyen Empire et du Nouvel Empire
  • Avaris — capitale des rois Hyksôs
  • Tanis : capitale de la XXIe dynastie
  • Bubastis : ville de fondation de Sheshonq Ier, fondateur de la XXIIe dynastie
Romain
Partagez l'article pour soutenir le site :)

Photos à but illustratif et non représentatives

Retour en haut